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MONSIEUR KREM, LE PHARMACIEN DU VILLAGE

Auteur de recits


Récit écrit par Julia ABADI.
Auteur femme.



histoire publiée le 30-05-2013
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8435-j622

Titre : MONSIEUR KREM, LE PHARMACIEN DU VILLAGE

Conte pour enfant  Rural  Maladie 
 
 

MONSIEUR KREM, LE PHARMACIEN DU VILLAGE


La pharmacie du village est située dans la petite rue à droite de la mairie tout à
côté de la grande place. C'est pratique car les jours de marché, les villageois et les
habitants des fermes alentours, après avoir fait leurs courses, en profitent pour
passer prendre leurs médicaments.
Les villageois se souviennent que du temps de l'ancien pharmacien, la boutique
ressemblait plus à un capharnaüm qu'à une pharmacie.
Les médicaments empilés n'importe comment croulaient sur les étagères en bois
branlantes qui devaient dater de la deuxième guerre mondiale. Le comptoir, vieillot
lui aussi, en bois patiné par les ans se trouvait toujours encombré de toutes sortes
de prospectus, d'ordonnances, de boites à demi ouvertes, de seringues… On peut dire
que le vieux pharmacien était peu soigneux et ne parlons pas de la propreté des lieux.
Pour une pharmacie, c'était un peu limite. On se demandait si en y entrant on n'allait
pas attraper une quelconque maladie. Ce qui aurait été le comble !
Puis, récemment, le vieux pharmacien partit à la retraite et revendit son officine à
un gars de la ville.
Un jour, on vit des ouvriers abattre un mur intérieur, agrandir la vitrine et
repeindre. Un carreleur refit le sol puis un menuisier agença des meubles à tiroirs,
un comptoir, et ensuite un électricien plaça une belle enseigne. Une croix vert fluo
sur laquelle s'enroulait un caducée clignotant, et finalement au-dessus de la porte un
néon rouge s'intitulant : PHARMACIE DU DOCTEUR KREM
Deux jours après avoir reçu et rangé tous les médicaments, le docteur Krem ouvrit son
officine.
La pharmacie ressemblait à un laboratoire. Tout à l'intérieur était blanc. Le
carrelage, les murs, les meubles de rangement à tiroirs, la machine à calculer. Tout
était immaculé ! Le docteur Krem lui-même avait mis une blouse blanche. C'était
impressionnant ! Surtout si vous aviez connu l'ancienne pharmacie. Comme l'a dit si
bien Loulou le cafetier à sa femme, la première fois qu'ils sont entrés dans la
boutique : - Oh ! Simone ! Regarde ! C'est du blanc de chez blanc !
Le pharmacien a eu droit à d'autres réflexions comme :
- Vous avez tout fait en blanc parce que vous avez eu un rabais ou c'est parce que
vous aimez particulièrement cette couleur ?
Une vieille dame rouspéta :
- Tout ce blanc, cela me donne le tournis !
Le nouveau pharmacien ne broncha pas. Il accepta toutes les remarques à la seule
condition que les clients ne touchent rien dans les rayons flambants neufs et
arrangés au millimètre près.
Il faut que je vous décrive le docteur Krem.
La quarantaine bien sonnée, très bien proportionné, un visage agréable sans être
efféminé, toujours "tiré à quatre épingles". Je ne peux pas expliquer pourquoi mais il
me semble qu'il y a quelque chose qui cloche chez ce personnage, un peu collet monté à
mon goût ou peut-être simplement réservé !
Je n'allais pas mettre longtemps avant de comprendre pourquoi j'avais ressenti cette
impression.
Le jour du marché, ce fut un défilé constant chez le pharmacien. Il avait posé un long
tapis qui allait de la porte d'entrée jusqu'au comptoir, un paillasson sur le
trottoir et un autre à l'intérieur, de l'autre côté de la porte.
Sur les étagères, partout des pancartes écrites en rouge – NE PAS TOUCHER, S'IL VOUS
PLAIT ! –
Les clients s'étaient étonnés de voir le pharmacien les servir avec des gants de
chirurgie et un masque qui pendait à son cou et qu'il mettait furtivement sur son nez
après avoir décrypté l'ordonnance du client.
- Il est malade le pharmacien ? demanda une dame qui attendait tranquillement dans la
file.
- Non ! Mais je crois qu'il est hypocondriaque ! lui répondit un monsieur perspicace,
placé derrière elle.
- Ah bon ! je ne savais pas qu'il était étranger. On m'avait dit qu'il venait de la
ville d'à côté.
Le monsieur se mit à rire de l'ignorance de la dame.
- Mais non, il n'est pas étranger. L'hypocondrie est l'état d'une personne qui
s'inquiète toujours pour sa santé. Il a sans cesse peur d'attraper des maladies et se
croit toujours malade.
- Il est pourtant bien placé pour se soigner répondit la dame. Ce doit être terrible
d'être hypondri…
- Hypocondriaque reprit le monsieur à sa place.
- C'est déjà difficile pour le prononcer, si c'est aussi difficile pour le soigner !
répliqua la dame vexée de ne pas pouvoir répéter correctement le nom de la maladie.
Le pharmacien, sortit de derrière son comptoir pour réprimander un vieux monsieur qui
pour choisir un dentifrice, retournait des tubes dans tous les sens.
- Vous n'avez pas lu l'écriteau ? – NE PAS TOUCHER – s'écria sèchement le pharmacien.
Et puis, ne sortez pas du tapis, vous allez salir le carrelage.
Le vieux monsieur regarda monsieur Krem d'un œil perplexe.
- Mais je rêve, vous n'allez quand même pas m'empêcher de choisir mon dentifrice
répondit-il furieux d'avoir été réprimandé devant les autres clients qu'il connaissait
plus ou moins. Et je marche où je veux claironna-t-il en sautant et en dansant sur le
carrelage comme un jeune homme.
Les clients qui faisaient la queue se mirent à rire aux éclats de voir ce vieux
monsieur qui d'habitude marche avec difficulté, se dandinait et gesticulait comme un
jeune premier.
Un voisin du monsieur, lui lança :
- Eh ! Fred Astaire, fais attention à ton cœur, il va s'emballer et tes rhumatismes
vont se réveiller !
Les clients riaient de plus belle. Monsieur Krem, contrarié, devint écarlate. Il
n'insista pas, ne voulant pas perdre la face devant sa clientèle. Il retourna derrière
son comptoir et continua à servir sans toutefois cesser de surveiller les gestes du
vieux monsieur qui furetait dans les étagères mais cette fois-ci avec la ferme
intention de tout déranger, pour se venger en quelque sorte.
- Il est aussi maniaque de la propreté et du rangement, ce pharmacien disait une jeune
femme qui avait assisté à la scène.
- Nous n'avons pas de chance avec les pharmaciens se plaignit un employé de la mairie.
L'ancien était un je-m'en-foutiste et celui-ci est un maniaque de la propreté et de
surcroit un hypocondriaque.
Mademoiselle Esgourde, une vieille demoiselle à moitié sourde qui venait d'entrer
avait entendu de travers. Elle ressortit en courant et hurlait :
- Mon Dieu ! Au secours ! Il y a une épidémie d'hycon-driaque. Laissez-moi passer !
Nous allons tous mourir !
Elle courait dans la rue en informant chaque personne qu'elle rencontrait :
- N'allez pas vers la pharmacie, il y a une épidémie d'hycon-driaque, restez chez
vous. C'est très dangereux !
- Mais d'où tenez-vous cela, mademoiselle Esgourde ? demanda une passante.
- C'est l'employé de la mairie qui l'a annoncé dans la pharmacie.
Une demi-heure après, la place du marché s'était vidée. Les marchands avaient
remballés leurs marchandises à la hâte, affolés par l'annonce de l'épidémie.
Une heure plus tard, tout le village connaissait l'abominable nouvelle.
La rumeur enflait et enflait …
Au début, il y eut un mort, puis le temps que cela vienne aux oreilles de monsieur
Rossignol, le maire, il y en avait déjà une bonne cinquantaine.
Loulou et Simone très inquiets fermèrent le café et de derrière leur vitrine
regardaient les villageois déconcertés se pressaient pour rejoindre au plus vite leur
domicile. Un à un, les commerçants baissèrent leur rideau. Le curé et le vicaire
allèrent mettre des cierges et prier à l'église. Un vent de panique souffla sur le
village.
Monsieur Rossignol, notre maire, complètement affolé, se précipita à la pharmacie avec
sa secrétaire mademoiselle Brindille sur les talons pour aller glaner les informations
à la source.
Le maire réfléchissait qu'il lui faudrait avertir la population, les pompiers, la
gendarmerie et sûrement qu'il y aurait une quarantaine à respecter.
Monsieur Rossignol entra dans la pharmacie avec un pincement au cœur, malgré lui, il
était effrayé.
Il s'avança vers le comptoir, la peur au ventre en constatant que le pharmacien
portait un masque et qu'il avait protégé ses mains avec des gants.
Le cœur de notre maire battit la chamade, il sentit de grosses gouttes de
transpiration lui coulait sur le front, il déglutit péniblement, s'épongea le visage
avec son éternel immense mouchoir en fil d'Ecosse.
- Alors, c'est vrai ! Que faut-il faire ? Laissez-moi d'abord appeler le préfet. Je
dois le mettre au courant. Sans laisser le temps au pharmacien de répondre, il
s'adressa à sa secrétaire :
- Mademoiselle Brindille ! téléphonez vite au préfet et ensuite aux pompiers…
Monsieur Krem ne comprenait absolument pas pourquoi le maire était entré dans sa
pharmacie pour téléphoner à tout ce monde.
- Monsieur le maire, qu'est-ce qu'il se passe ? Vous avez un problème ? demanda-t-il
en baissant son masque.
- Non ! Non ! Gardez votre masque, c'est trop dangereux. Mon Dieu ! Que faut-il faire
? J'espère que je pourrais sauver notre village de cette épidémie !
Le maire se mit le mouchoir devant le nez pour continuer à parler avec le pharmacien.
Il n'en fallut pas plus à monsieur Krem pour qu'il ait un malaise.
Les yeux du pharmacien tournèrent à une vitesse folle dans leur orbite, il suffoqua,
hoqueta, devint tout blanc puis il glissa comme une guimauve molle jusqu'au sol, et
là, après deux ou trois soubresauts, il se raidit comme une bûche.
Le maire, la secrétaire et les quelques clients qui n'étaient pas encore au courant de
l'épidémie et attendaient pour se faire servir, poussèrent des cris de frayeur en
supposant le pharmacien raide mort derrière son comptoir.
- Oh la la ! s'exclama la secrétaire apeurée, comme c'est rapide l'hycon-dro…
- Mon Dieu ! répondit le maire alarmé. Cela fait un mort de plus.
Les clients affolés décampèrent sans demander d'explications supplémentaires, en
hurlant et se bousculant vers la sortie.
- Mademoiselle Brindille, dépêchez-vous d'appeler le médecin, il doit constater la
mort de ce pauvre pharmacien, et nous dire ce que nous devons faire pour nous protéger
de cette épidémie foudroyante.
Cinq minutes plus tard, devant la pharmacie désertée, le médecin gara sa voiture en
catastrophe, se précipita dans l'officine, s'approcha du pharmacien, lui prit le
pouls, desserra le col de la chemise et défit la ceinture du pantalon pour qu'il
puisse respirer avec plus de facilité.
- Mademoiselle m'a affirmé au téléphone qu'il était mort mais je peux vous assurer
qu'il est vivant. Il a simplement eu une crise d'angoisse. Il s'est évanoui. Il va
bientôt revenir à lui.
Le médecin se releva et regarda le maire droit dans les yeux.
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire d'épidémie ? Il y aurait une cinquantaine de
morts ? D'où le tenez-vous ?
- C'est le brigadier en chef qui m'a averti qu'un monsieur avait entendu la vieille
mademoiselle Esgourde clamait qu'il y avait une épidémie et qu'elle l'avait appris à
la pharmacie répondit le maire.
Le médecin eut un rire narquois.
- Vous vous moquez de moi, monsieur le maire ? Vous voulez dire que vous avez pensé,
sur les dires d'une vieille demoiselle à moitié sourde et un peu dérangée, qu'il y
avait une épidémie dans le village ?
Le maire était vexé par les réflexions du médecin.
- Eh bien oui ! elle a même donné le nom de la maladie. La … l'hypo… Il n'arrivait
plus à trouver le mot, il se tourna vers sa secrétaire. Qu'est-ce que c'est le nom,
mademoiselle Brindille ?
- Elle a colporté dans tout le village que le pharmacien avait de l'hypocon… quelque
chose de ce genre, répondit la secrétaire gênée de ne pas pouvoir se le rappeler.
Le médecin expliqua :
- Monsieur Krem, le pharmacien a une maladie qui s'appelle l'hypocondrie, c'est-à-dire
qu'il se croit malade et craint d'attraper des maladies. Mais c'est dans sa tête. En
réalité, il se porte bien. C'est psychologique. D'ailleurs, dès son arrivée au
village, il est venu à mon cabinet se faire soigner pour une maladie imaginaire pour
laquelle il croyait ressentir les symptômes.
- Alors ! cette épidémie, c'est du bidon ? Ouf ! je préfère dit le maire soulagé par
l'explication du médecin. Cette mademoiselle Esgourde, elle nous a mis le village sans
dessus-dessous ! Quelle histoire !
Le pharmacien revint à lui. Il resta un instant à regarder à droite et à gauche pour
se rappeler où il était et ce qu'il lui était arrivé. A la vue du maire, il poussa un
hurlement en se rappelant l'épidémie.
Le médecin le rassura immédiatement. Il lui expliqua qu'il y avait eu un "quiproquo"
depuis le début de l'affaire, ce qui le calma immédiatement.
Le maire fit appeler le garde champêtre pour faire une annonce à la population. Il
fallait faire vite !
Devant la mairie, le garde champêtre battit trois fois du tambour à en casser les
baguettes, pour rassembler les villageois. Il déclama :
Oyez ! Oyez !
Chers concitoyens,
Un malencontreux quiproquo a eu lieu.
Il n'y a pas d'épidémie. Je répète. Il n'y a pas d'épidémie.
La méprise est survenue à cause de la mauvaise interprétation d'une information
entendue par une personne physiquement diminuée qui l'a propagée dans le village.
Le maire vous demande de reprendre vos occupations habituelles.
Merci de votre compréhension.
Monsieur le maire.
Trois derniers roulements de tambour pour clôturer le discours et le garde champêtre
rentra illico à la mairie sans attendre les commentaires de la population.

Une heure après, mademoiselle Esgourde est venue déposer une plainte contre monsieur
le maire qui avait osé dire qu'elle était physiquement diminuée et expliquer que ce
n'était pas de sa faute si la maladie du pharmacien avait un drôle de nom qui lui
avait fait penser à une épidémie.
Le lendemain, son frère, François Esgourde a obligé sa sœur à retirer la plainte
contre le maire. Il a précisé à mademoiselle Brindille qui les avait reçus qu'elle
avait mis la zizanie entre les membres de la famille en racontant une histoire
abracadabrante qu'elle disait tenir d'un cousin. Celui-ci tomba des nues lorsqu'on lui
répéta le secret qu'il lui avait soit disant confié. Le cousin avait répondu sans
fioriture :
- Cette vieille folle pourrait faire battre des montagnes. Pourquoi ne met-elle pas un
sonophone ainsi elle ne colporterait pas de stupidités !

Tout finit pour le mieux, mais on en parla pendant longtemps de cette fameuse épidémie
et on se rappela toujours que c'est le jour de l'ouverture de sa pharmacie que
monsieur Krem a déclenché malgré lui avec l'aide de la vieille dame, une panique
générale dans notre village.
Evidemment, le curé et le vicaire ont raconté que c'était grâce à leurs cierges et
leurs prières que l'épidémie avait été évitée. Un peu de propagande ecclésiastique ne
peut faire de mal à personne !




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Gentillette mais des fautes de verbe gênantes.

 





   
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