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LA CAVE DE "LA BAROQUE"

Auteur de recits


Récit écrit par Julia ABADI.
Auteur femme.



histoire publiée le 03-04-2013
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8414-j617

Titre : LA CAVE DE "LA BAROQUE"

Micronouvelle  Chance  Alcool 
 
 

LA CAVE DE "LA BAROQUE"


La cave de "la baroque"

Partie 1
Julien avait encore la tête remplie des reproches que lui avaient adressés Aline, sa femme. Agacé par les prises de bec qui duraient depuis bientôt trois mois, il avait conduit d'une seule traite de la Capitale jusqu'au village.
Avant de claquer la porte suite à une ultime dispute, il s'était emparé des clefs de la maison de ses grands-parents, (justement le sujet de la dispute avec Aline). En traversant le village, il revoyait sa vie d'adolescent défilait devant ses yeux. Cela faisait longtemps qu'il n'était pas revenu sur les lieux de son enfance. Il constata que l'agglomération n'avait pas beaucoup changé, mis à part la rénovation de quelques vitrines de magasins. Lorsqu'il longea à vitesse réduite la place du marché, il se souvint y avoir souvent accompagné son grand-père Cyprien pour des parties de boules, des moments de plaisir surtout au comptage des points, c'était folklorique. Les boulistes braillaient et gesticulaient en mesurant les distances qui séparaient les boules du cochonnet, chacun voulant avoir gagné. Cela finissait toujours dans la bonne humeur et au comptoir du café, le perdant payait l'apéritif et lui, avait droit à sa boisson préférée, un diabolo menthe.
Il n'était que vingt heures et pourtant les rues étaient déjà désertes. Il alla garer sa voiture sur le parking municipal, juste à côté de la mairie. En passant devant le supermarché "BASINO" à l'entrée du village sur la route de la Capitale, il avait fait ses courses ainsi il pourrait entrer directement se reposer. La journée avait été épuisante, son moral à zéro. Il lui tardait de se coucher et de s'endormir au plus vite pour ne plus penser à rien. Il se sentait vider de toutes substances.
Il fila d'un pas pressé vers la rue de la fortune. La maison de son grand-père maternel était la seule du village à avoir un comble agrémenté d'un œil de bœuf et des balustres en plâtre bordant les deux balcons frontaux. Maintenant qu'il revoyait la maison avec des yeux d'adulte, il lui fallait bien convenir que l'ancêtre avait eu du goût, c'est lui-même qui avait fait les plans. Avec sa façade sur deux niveaux et ses fenêtres en croisillons, elle devait être la plus cossue, tout au moins la plus stylée. Elle ne ressemblait en rien aux autres maisons plus traditionnelles du village c'est pourquoi tous les gens du coin l'avaient surnommée "la baroque".
Dès qu'il ouvrit la porte, une odeur de renfermé lui fit souvenir qu'il n'était pas venu depuis très longtemps. La dernière fois, Aline avait daigné l'accompagner, elle qui ne supportait la vie qu'à la Capitale, elle avait fait un effort et était restée un week-end dans "ce village du bout du monde" comme elle l'appelait. Par malchance, il avait plu pendant les deux jours complets ce qui ne l'avait pas aidé à changer d'avis.
Dans le hall, ses pas résonnèrent. Il avait tout gardé en l'état, les meubles recouverts de draps afin de les protéger de la poussière. Il sortit le paquet de bougies qu'il avait pensé à acheter. Il en alluma deux, les tenant côte à côte dans sa main gauche pendant qu'il refermait la porte d'entrée. Il traversa le hall et la salle à manger, se dirigea directement vers la chambre de son grand-père, au rez-de-chaussée, celle à côté du salon bleu. Dans le grand placard mural, il choisit un édredon épais, planta les deux bougies dans un vase en terre posé sur la table de nuit. Il se débarrassa de son pardessus sur le dossier du fauteuil et s'allongea tout habillé sur le lit. Il souffla les bougies et monta l'édredon jusqu'au menton. Il s'endormit dès l'instant où il se trouva dans le noir.

Un rayon de lumière malicieux se faufila par le trou d'usure du vieux volet en bois et vint le taquiner sur le visage, ce qui le réveilla. Son regard étonné balaya la pièce rapidement, surpris de se réveiller dans un décor inhabituel. Bien vite, il se rappela qu'il se trouvait dans la chambre du grand-père Cyprien. Il s'étira sous l'édredon douillet. Il se sentait mieux ce matin. La tension de la veille l'avait quitté. Il passa dans le cabinet de toilette, tant pis, il tirerait la chasse d'eau plus tard lorsqu'il irait remettre le compteur en marche mais avant, il se lava les dents avec la brosse, le dentifrice et la bouteille d'eau minérale achetés la veille. Il s'aspergea le visage, passa rapidement ses mains dans les cheveux pour les discipliner. Il avait faim, son dernier repas datait d'hier midi. Sa montre marquait huit heures. Il décida d'aller prendre son petit-déjeuner chez "Loulou et Simone".

Au bar du village, Loulou s'affairait derrière le comptoir à servir les clients habituels qui se dépêchaient de boire leur petit noir avant d'aller au travail. Dès qu'il vit Julien entrait, il leva les bras au ciel.
- Salut Julien, mon pote ! Cela fait bien longtemps qu'on ne t'a pas vu dans le coin. Quand es-tu arrivé ? Tu es venu seul ? demanda-t-il en lançant un coup d'œil rapide derrière Julien.
- Salut mon Loulou ! répondit-il sur un ton jovial. Les réponses sont : hier soir à la première question, et oui, à la deuxième badina Julien content de se voir bien accueilli par son vieux copain.
Loulou avait rapidement fait le tour du zinc et vint à sa rencontre, les bras ouverts. Ils se donnèrent une accolade chaleureuse sous les yeux étonnés de Simone qui ne se souvenait pas de l' avoir déjà vu.
- Simone, je te présente Julien, mon meilleur ami. Il venait chez ses grands-parents tous les étés pour les vacances scolaires à "la baroque". Nous nous sommes connus dès l'âge de sept ans. Nous avions immédiatement sympathisé, nous étions copains comme cochon, toutes les bêtises nous les avons faites ensemble. Tu te rappelles, Julien, c'était la belle vie, sans souci !
- Oui, j'aimais venir chez mes grands-parents car ils me laissaient beaucoup de liberté. Lorsque ma mère le leur reprochait, mon grand-père répondait toujours :
- Ma fille, les parents ont le devoir d'éduquer leurs enfants, les grands-parents, eux, ont le devoir de gâter leurs petits-enfants. Donc, je veux que mon unique petit-fils soit heureux de passer les vacances en notre compagnie. Je veux qu'il garde un bon souvenir de nous.
- C'est vrai, je m'en souviens. Tu avais des grands-parents sensationnels. Chez moi c'était différent, ma mère rouspétait toujours, elle était seule pour m'élever, moi et Florence, ma sœur. Je comprends maintenant qu'elle était dépassée par les évènements et j'ajoute à sa décharge que j'étais particulièrement turbulent.
Ne reste pas debout, viens t'asseoir au comptoir, je pourrais bavarder tout en servant les clients. Qu'est-ce que tu prends ?
- Donne-moi un café au lait et deux croissants, j'ai une faim de loup, je n'ai rien dans l'estomac depuis hier midi répondit Julien en s'installant sur un tabouret.
Lorsque Julien enleva son pardessus, Simone remarqua que son pantalon et sa chemine étaient froissés. Elle ne fit aucune remarque mais comprit que Julien devait avoir un problème. Lorsqu'elle prit Loulou en aparté et le mit au courant de ses déductions, Loulou riposta :
- C'est bien de la psychologie de "bonnes femmes" çà, de comprendre qu'un homme a des problèmes parce que ses vêtements ne sont pas repassés. Et il se mit à rire en retournant servir les clients.
Simone était vexée. Elle le savait, son Loulou était sexiste. Comme d'habitude, dès qu'elle avançait une idée personnelle sur certains faits, Loulou la renvoyait toujours au rang de "bonnes femmes" ce qui correspondait pour lui, à dire "les hommes ont un cerveau, les femmes ont une cervelle". Eh bien, il allait voir Loulou si sa Simone avait tort ou raison !
Il ne restait plus qu'un client assis au fond de la salle. Simone essuyait les verres derrière le comptoir. Elle s'adressa à Julien qui finissait son deuxième croissant.
- Vous allez rester longtemps à "la baroque" ?
- Je ne sais pas, une semaine peut-être ! répondit Julien la bouche pleine.
Loulou la fixa avec insistance. Son regard expressif voulait dire – ça te regarde ! – Simone fit celle qui ne voyait rien. Elle continua :
- Votre femme va bientôt venir vous rejoindre ?
- Simone ! explosa Loulou. Tu exagères de poser des questions personnelles.
- Non ! Cela ne fait rien ! Loulou. Non, je ne pense pas, Simone, car je suis parti fâché de la maison. Elle ne sait pas où je suis et elle n'a pas donné de coup de fil.
- Oh ! Cela ne doit pas être grave. Tous les couples ont des moments difficiles s'empressa de répondre Simone compatissante.
- Oui, continua Loulou, ne t'inquiètes pas, Julien. Toi au moins, tu as la belle vie. Tu as un excellent métier, ingénieur en électronique et de plus dans une grande boîte étrangère. Une gentille famille de trois enfants. Cela s'arrangera rapidement.
- Eh bien ! parlons-en de l'excellent travail. Tout à commencer il y a trois mois lorsque j'ai reçu une lettre de la direction générale m'apprenant que l'entreprise B.M.I. allait être délocalisée en Inde et que j'aurais une promotion si je décidais de m'expatrier. Tu penses bien qu'à quarante-cinq ans je ne peux pas, d'autant plus que deux des enfants vont à l'université. C'est une façon détournée pour me faire démissionner puisque la société veut "dégraisser" comme ils disent. Bien qu'Aline travaille encore comme pharmacienne au Centre Hospitalier Universitaire, notre train de vie à dramatiquement baissé. C'est difficile de retrouver du travail. Dès que j'indique mon âge, les employeurs ne retiennent pas ma candidature. Aline perd son sang froid, elle a peur de l'avenir. Elle voudrait que je vende "la baroque" pour nous renflouer. Moi, je ne suis pas d'accord pour vendre la maison. Sur son lit de mort, grand-père Cyprien avait fait jurer à mes parents et à moi aussi de ne jamais vendre "la baroque".
Je l'entends encore dire :
- Ne vendez jamais "la baroque", vous n'en aurez pas besoin. Si un jour, vous êtes dans la gêne, venez vous y installez quelques temps, vous verrez, cette maison est un vrai trésor !
C'est pourquoi, après la mort précoce de mes parents provoquée par un terrible accident de voiture et après coup, celle de ma grand-mère, je n'ai jamais voulu vendre "la baroque". Aline ne comprend pas pourquoi j'y suis tant attaché, elle m'incite à vendre.
Loulou poussa un long soupir.
- Ah les femmes ! C'est souvent une épine dans le pied !
Simone ne put se contenir :
- Allez, vas-y, encore une de tes réflexions favorites contre les femmes ! Décidément, tu ne changeras jamais ! Je …
- S'il vous plait, coupa Julien, embêté d'être à l'origine de l'altercation, ne vous disputez pas !
- Tu as raison, Julien. Simone ! ne l'embêtons pas avec nos petits différends.
Nul besoin à Simone de répondre. A la manière nerveuse dont elle essuyait les verres, Julien comprit qu'elle refoulait sa colère contre Loulou.
Il décida de partir. Il préférait ne pas être présent lorsque l'orage allait éclater entre les cafetiers.


Une fois hors du café, il décida de se rendre au cimetière pour se recueillir sur la tombe de ses grands-parents. Il passa devant le magasin de fleurs, malheureusement il n'ouvrait qu'à dix heures. Le trajet jusqu'au cimetière n'était pas long et la promenade agréable. Il pria un moment devant la tombe ou plutôt laissa vagabonder sa pensée.
Il se revit dans la cuisine de "la baroque" confectionnant des biscuits sous l'agréable férule de sa grand-mère Victoria. Les fous-rires lui revenaient à l'oreille, souvent la cuisine finissait blanchie par des nuages de farine, les ustensiles salis recouvraient l'évier et la table, un vrai champ de bataille. Grand'mère Victoria était "la grand'mère gâteaux" que tout enfant adorerait avoir se dit-il en revoyant l'espace d'un instant son visage doux et toujours souriant.
L'image s'effaça, laissant place à une partie de pêche dans la rivière bordée d'arbres séculaires qui serpente au pied des montagnes. Le meilleur endroit pour pêcher d'après grand-père était au lieu-dit de "l'ancien moulin". Ils revenaient quelquefois avec une ou deux prises, c'était plaisant et ludique. Grand'mère confectionnait toujours un repas froid succulent et grand-père se réservait le privilège de choisir le vin. Elle les accompagnait bien qu'elle n'appréciait pas la pêche. Elle en profitait pour peindre, elle plaçait son chevalet à l'écart, elle n'aimait pas que l'on regarde son tableau tant qu'il n'était pas fini.
A l'époque, il ne s'était pas rendu compte qu'elle avait autant de talent. Ses paysages et ses natures mortes qui ornent toutes les pièces de la maison sont magnifiques.
La cloche de la chapelle du cimetière sonna à toute volée. Elle vint le sortir de ses pensées.
Sur le chemin du retour, il pensa prendre son déjeuner à l'auberge qu'il avait repéré à l'entrée du village puis se rétracta aussitôt en se souvenant qu'il avait acheté la veille tout ce qu'il fallait pour se confectionner un bon en-cas.
Il se promena dans les ruelles, passa devant l'église, le presbitaire, l'herboristerie, la boulangerie, et bien d'autres magasins qui lui rappelèrent à tout instant des tronçons de sa petite enfance. Vers midi, il rentra à "la baroque".
Il se prépara un sandwich jambon et fromage. Il avait pensé à acheter du beurre et quelques fruits pour le dessert mais par contre, il avait complètement oublié le vin.
Il alluma une bougie pour se rendre à la cave qu'il savait remplie de bonnes bouteilles.
Il descendit avec précaution les quelques marches. La cave était immense, elle faisait approximativement la superficie du rez-de-chaussée de la maison. Il se retrouva devant de nombreux casiers, il n'eut que l'embarras du choix. Il écarta des toiles d'araignées avant de retirer une bouteille au hasard d'un casier poussiéreux. De toute façon, à la lueur de la bougie, il n'y voyait pas grand-chose pour choisir. Il remonta lentement en tenant la bouteille d'une main et la bougie de l'autre.
Au moment de poser la bouteille sur la table de la cuisine, il entendit taper avec insistance à la porte d'entrée.
Il alla ouvrir et fut agréablement surpris de voir Loulou.
- Entre, Loulou ! tu tombes à pic, j'allais ouvrir une bouteille de vin. Tu me diras ce que tu en penses. Toi, tu dois t'y connaitre !
- Ce doit être du bon vin répondit Loulou. Ton grand-père étant négociant en vins, il ne devait pas boire "de la piquette". Ah ! au fait, je suis venu pour t'inviter à venir déjeuner avec nous au café. Simone a cuisiné un bon coq au vin et elle a insisté pour que tu te joignes à nous.
- Je me suis préparé un sandwich que j'allais faire glisser avec le vin de grand-père mais si tu me prends par les sentiments, je ne peux pas résister à un coq au vin répondit Julien en riant. Eh bien ! prenons la bouteille, nous la boirons ensemble.
Julien s'empara de la bouteille recouverte de poussière et la roula dans du papier journal qu'il avait repéré sur une chaise.

Partie 2
Simone avait déjà préparé une table dans le fond de la salle.
- Nous voilà, ma Simone s'écria Loulou.
Julien comprit aussitôt que Simone et Loulou s'étaient rabibochés. Elle les reçut avec son plus beau sourire.
- J'ai apporté une bouteille qui vient de la cave de mon grand-père, j'espère qu'elle ne sera pas bouchonnée. J'allais l'ouvrir au moment où Loulou est arrivé pour m'inviter.
- Merci, Julien. Asseyez-vous. Loulou, ouvre-la pendant que j'apporte l'entrée.
Le dernier client venait de sortir, ils pourraient manger sans être déranger.
Loulou dégagea le goulot de la bouteille toujours emballée. Il s'empara du tire-bouchon et l'ouvrit précautionneusement.
Simone apporta la quiche lorraine tout juste sortie du four. Loulou servit le vin.
- A ta santé trinqua Loulou. Simone leva son verre aussi.
- A vous deux ! répondit Julien.
Loulou fit tourner le liquide dans le verre à pied, il apprécia la couleur rubis de la robe, huma le contenu puis en aspira une petite quantité. Il le fit passer d'un côté à l'autre de la bouche ce qui gonflait ses joues en alternance, (geste de testeur professionnel). Julien le regardait avec un sourire moqueur car il pensait que son copain en faisait un peu trop pour une bouteille de vin que son grand-père avait du acheter à l'épicerie du coin. Finalement, Loulou avala le vin. Il fronça les sourcils. Reposa brusquement le verre. Sans un mot, il déchira le papier journal. Julien eut honte, la bouteille était franchement recouverte d'une couche épaisse de poussière. Il vit son copain nettoyait l'étiquette avec frénésie.
- Nom de Dieu, Julien ! Exulta-t-il en s'agitant sur sa chaise comme un possédé. Nom de Dieu ! répéta-t-il. Il gesticulait et poussait des cris de joie tout en secouant la tête.
Simone se mit en colère.
- Ne blasphème pas, Loulou ! Tu n'as pas honte de mal parlé de la religion ?
Julien ne releva pas l'injure au clergé, lui, il était inquiet pour son copain Loulou qui paraissait perturbé.
- Loulou, calme-toi ! le vin est-il si mauvais que tu en perds la boule ?
- Goûte-le, Julien et toi aussi Simone répondit Loulou un peu plus calme.
Ils s'exécutèrent. Simone apprécia immédiatement le breuvage.
- C'est un excellent vin ! Je peux dire que je n'en ai pas bu d'une telle qualité depuis bien longtemps.
Julien était d'accord. Il hocha la tête en signe d'approbation.
- C'est vrai qu'il est sympathique le vin de grand-père Cyprien.
- Mon Julien, répliqua Loulou excité en lui tendant la bouteille et c'est vrai aussi que tu es nul en vins. Tu trouves sympathique un Bordeaux millésimé, un Mouton Rothschild de 1932, mon pauvre Julien, j'espère que tu es meilleur en électronique ! C'est tout simplement "le petit Jésus en culotte de velours". Tu te rends compte combien ta bouteille doit coûter ? Non, à voir ta tête, je ne crois pas !
Médusé, Julien examina l'étiquette avec attention.
- C'est incroyable ! J'ai pris une bouteille au hasard. Je me demande s'il y en a d'autres de cette qualité dans la cave de grand-père ou bien si c'est une bouteille unique, peut-être un cadeau d'un client reconnaissant.
Loulou partit d'un fou rire :
- Eh bien, le généreux donateur devait s'appeler Onassis ou le Shah de Perse pour faire un cadeau si prestigieux !
- Tu penses vraiment qu'elle a autant de valeur que tu le dis ? demanda Simone étonnée de la grande connaissance de son Loulou en œnologie.
- Je ne connais pas sa valeur exacte mais vous pouvez me faire confiance, cette bouteille est inaccessible pour des buveurs lambdas.
Simone était chagrinée de voir sa quiche refroidir dans les assiettes.
- Commençons à manger, la quiche va être froide!
- Mangeons reprit Julien et ensuite nous irons visiter la cave de "la baroque".
Le repas fut excellent. Le coq au vin de Simone, une petite merveille, de plus, accompagné par ce Mouton Rothschild, en fermant les yeux, Julien se serait cru dans le restaurant le plus réputé de la Capitale.
- Simone, je vous félicite pour ce succulent repas complimenta Julien dès la dernière bouchée de la mousse au chocolat avalée. C'était un festin de roi, je vous donne "les trois étoiles Julien" plaisanta-t-il.
- Simone rougit de plaisir, le compliment lui alla droit au cœur.
Loulou badina :
- Dis plutôt que c'est le "Mouton Rothschild" qui a embelli l'ordinaire.
Simone jeta un regard furieux à son mari. Sans un mot, elle desservit la table et revint avec les cafés.
Loulou penaud se pencha vers Simone, lui donna une petite tape amicale sur l'épaule et tenta d'expliquer :
- Tu es une cuisinière hors pair, ma Simone, j'ai voulu dire que cette bouteille de vin exceptionnelle avait complété à merveille le succulent repas.
Simone comprit que c'était sa façon à lui de s'excuser. Elle se garda de répondre, prit le parti de sourire et changea de sujet :
- Buvons vite le café et allons inspecter la cave du grand-père Cyprien.

Munis de lampes électriques, ils se retrouvèrent dans la cave, au bas de l'escalier.
- Waouh ! s'écria Loulou, cette cave est immense. C'est la première fois que j'y entre.
Simone tenait son mari par le bras de peur de tomber dans le noir. Julien qui était entré le premier, leur faisait signe de le suivre jusqu'au fond de la cave.
- C'est la caverne d'Ali baba s'écria Loulou émerveillé de constater que tous les casiers sans exception étaient remplis de bouteilles.
Simone silencieuse s'appliquait à passer entre les toiles d'araignées qui pendaient du plafond vouté. Julien s'arrêta au hasard devant un casier, il dégagea une bouteille et la tendit à Loulou. Julien éclaira la bouteille de sa lampe pendant que son ami nettoyait la bouteille. Six yeux impatients fixaient l'étiquette désireux d'en connaitre rapidement la provenance. Loulou ne put retenir son enthousiasme, il clama :
- Bingo ! Julien, tu as gagné le gros lot !
- Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ? demanda Julien.
Loulou épela lentement pour que son copain s'imprègne bien de l'information.
- Châ-teau d'Y-quem, Sau-ter-nes de 1903.
- C'est un bon cru ? s'empressa de demander Julien.
Loulou s'énerva.
- Tu te moques de moi ? quand je pense que ton grand-père était un négociant en vins réputé dans la région et dans tout le pays. Je n'arrive pas à comprendre qu'il ne t'ait jamais initié. Bien sûr que c'est un bon cru, c'est même une bouteille que les collectionneurs t'achèteront à prix d'or.
Julien resta bouche bée. Son regard faisait le va et vient entre Loulou et la bouteille.
- Eh ! Julien ! Réveille-toi ! Regardons dans les autres casiers. Julien remit la bouteille à sa place et passa dans la dernière rangée au plus profond de la cave. Il choisit une bouteille et Loulou se chargea encore de la dépoussiérée.
- Bon Dieu ! celle-ci est un Bordeaux Pétrus. Regardons plus loin. Et cette fois, il annonça un Romancee Conti. Julien, je te garantis que tu as la cave la mieux approvisionnée de tout le pays. Ton grand-père t'a laissé un gros pactole.
- Comment connais-tu les différents crus et leurs valeurs ? demanda Julien dans un état de fébrilité avancé.
- Tu me connais. Je n'ai jamais aimé l'école, pour moi apprendre était un vrai supplice. Par contre, vers dix-sept ans je suis tombé par hasard sur un livre d'œnologie et depuis lors je m'y suis intéressé et je continue de m'informer sur les meilleurs crus du pays et d'ailleurs. C'est devenu une passion. Ce n'est pas parce que je vends du vin ordinaire au bar que je ne m'y connais pas. D'ailleurs, chaque année, je vais à toutes les expositions des négociants, dans les foires vinicoles, et je me déplace même dans les chais, j'adore les dégustations. Je te l'ai dit, c'est une passion.
- Alors, tu penses que mon grand-père avait fait une collection de grands vins ?
- Tu m'as bien dit qu'il t'avait fait jurer de ne pas vendre la maison. Qu'il y avait un trésor. Eh bien ! le voilà ton trésor. Mon vieux ! tu n'auras pas fait le voyage pour rien. Je te le dis, Julien, tu vas remporter le jackpot. Je connais un expert en vins, si tu veux, je l'appellerai, ainsi il te donnera approximativement la valeur marchande de ta cave.
- Bien sûr ! cela m'arrangerait car je n'en connais pas. Merci, Loulou !

Remontés dans la cuisine, Loulou s'empressa d'appeler sur son portable le copain expert en vins. Au début, il lui expliqua qu'il n'avait pas trop le temps de passer au village.
- C'est d'accord, répondit-il vaguement, je pourrais venir vers la fin de la semaine.
Mais lorsque Loulou commença à énumérer les vins trouvés dans la cave. Là, Loulou sentit l'expert s'agiter. Ensuite, quand Loulou lui annonça la quantité des fameuses bouteilles, il comprit qu'il était en effervescence.
- Demain matin à huit - huit heures pé-pé-tantes, bégaya-t-il.
- A demain ! Et voilà, l'affaire est dans le sac répliqua Loulou en s'adressant à Julien.

Trois semaines plus tard, Loulou était monté à la Capitale, invité par Julien. Simone tenait seule le bar. Ils passèrent la journée ensemble. Après un déjeuner dans le meilleur restaurant "Le jardin des sens", ils s'étaient rendus à la salle des ventes où avait lieu la vente de la cave de "la baroque".
La publicité faite par la salle des ventes sur cette vente de vins aussi exceptionnelle que prestigieuse avait attiré les plus grands spécialistes et collectionneurs du pays et sûrement de l'étranger. La salle était comble, des curieux s'étaient regroupés jusque dans les couloirs. Les offres fusaient de partout, même par téléphone pour les acquéreurs qui voulaient rester anonymes. Loulou et Julien, bien placés, à l'écart sur le côté de l'estrade du commissaire priseur. Ils n'en perdirent pas une miette. Loulou était fasciné par l'ambiance électrique que provoquait l'annonce et la présentation des prestigieuses bouteilles et Julien médusait par la valeur des bouteilles de grand-père Cyprien.

A travers la vitrine du bar, Simone vit Loulou sortir deux cartons du coffre de la voiture. Elle s'empressa d'aller l'aider. Ils les posèrent sur le comptoir. Au regard interrogateur de sa femme, Loulou répondit :
- C'est un cadeau de Julien, tu penses bien que je n'aurais même pas pu en acheter une.
- Ton copain Julien est un garçon très reconnaissant. Regarde ce qui est arrivé pour toi, ce matin, juste après ton départ pour la Capitale dit-elle en montrant un énorme carton rangé dans le fond de la salle.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Loulou en s'approchant du colis.
- Je ne sais pas mais un mot est scotché sur le carton.
Loulou aidé de Simone ouvrit le carton avec empressement. Dès qu'il comprit que c'était une cave à vins, Loulou ne put s'empêcher de s'écrier :
- Il est fou, mon copain. Tu te rends compte, Simone, il m'a fait un superbe cadeau. Je n'arrive pas à croire que cette cave à vins est pour moi. Simone continua à enlever le carton et ouvrit la cave, elle examina l'intérieur et en sortit une dizaine de livres sur l'œnologie pendant que Loulou lisait le petit mot de Julien.

Mon Loulou,
C'est pour te remercier.
Maintenant tu as le contenu et le contenant.
Alice m'a promis de venir plus souvent à "la baroque".
Elle voit le village d'un autre œil, peut-être à cause du trésor de la cave.
Je ne cherche pas à en savoir davantage.
Ma vie est redevenue normale, plus calme.
Je continue à chercher du travail mais je suis moins stressé.
Embrasse Simone pour moi.
A bientôt.
Ton copain Julien

Loulou avait les larmes aux yeux, ému par le geste de son ami. Simone s'approcha de son mari et demanda :
- Au fait, la vente aux enchères est montée à combien ?
- Ah oui ! badina-t-il en s'essuyant rapidement les yeux du revers de sa manche, c'est vrai, je ne te l'ai pas dit. Eh bien ! à mon avis, la vente aurait pu monter davantage.
- Bon, alors ? Combien ? redemanda Simone impatiente.
- Un simple petit million d'euros répondit Loulou en éclatant de rire.
Simone sidérée répéta :
- Un simple petit million d'euros !
- Elle s'avança une chaise et s'y assit lourdement.
- Eh bien, ma Simone, tu vois que ton Loulou a le nez creux lorsqu'il s'agit de vins !
Simone n'écoutait déjà plus, elle se contentait de répéter :
- Un simple petit million d'euros !




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