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GESTIONS DE CRISES. Quatrième partie

Auteur de recits


Récit écrit par Laabali.
Auteur homme.    Contacts de l'auteur : mhamed1950hotmailfr



histoire publiée le 05-03-2011
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8274-l714

Titre : GESTIONS DE CRISES. Quatrième partie

Autofiction  Afrique  Tragédie 
 
 

GESTIONS DE CRISES. Quatrième partie


Quatrième partie :



Chaque vendredi, après la prière de midi, des centaines de jeunes chômeurs se rassemblaient sur la vaste plage de la ville, avant de former un long cortège. La foule se dirigeait vers la municipalité pour continuer ensuite en direction de la préfecture. Le défilé empruntait toujours le même itinéraire.
Boulevard de La Ligue Arabe. Boulevard Hassan II.
Banderoles marquant clairement les revendications des jeunes chômeurs. « Nous voulons du travail », « le travail est un droit », « Elus, où sont vos promesses ? »…
Marée humaine.
Chants assourdissants.
Tous les passants s’arrêtaient pour contempler cette procession. Ils savaient que ces jeunes qui réclamaient un droit fondamental ne seraient jamais satisfaits. Usés et désespérés, ils perdraient leur engouement. Ils passeraient à d’autres choses. Ils s’enrôleraient dans l’illégalité.
Vols. Crimes. Vente de la drogue. Prêche de la « Charia ».
Ils partiraient pour l’Afghanistan, le Pakistan, l’Irak, ou la Somalie faire la guerre sainte. Faire le Djihad.

Police.
Casques et matraques.
Ceinture de sécurité autour de la préfecture.

Un homme ouvrait la marche devant cette foule qui grossissait, qui gonflait, qui grondait, qui progressait. Il était en haillons. Cheveux ébouriffés et poussiéreux, yeux cernés, pieds nus, il marchait d’un pas décidé. La tête haute. Un soldat déterminé qui se rendait au champ de bataille.
Il ne récitait pas le même chant que fredonnaient ses poursuivants.
Il insultait.
Il maudissait tous ceux qui l’avaient privé de son rêve.
Tenant un long bâton à la main, il voulait récupérer son bonheur, quitte à être arrêté par la police et jeté une nouvelle fois en prison.

Accusé d’avoir tué l’être qui lui était le plus cher dans ce monde, il avait passé une dizaine d’années en détention.
Personne n’avait fait attention à la maladie d’amour qui l’avait attaqué le jour même où on lui annonça le drame.

Au moment de la reconstitution de la scène du déroulement du crime, la police lui dicta les gestes qu’il fallait faire afin de prouver incontestablement qu’il était bien l’auteur de la tragédie. Comme un somnambule, l’accusé effectuait machinalement les mouvements demandés.


En quittant la prison, Ritzou se dirigea directement au marché Lalla Zahra et commença à parcourir les ruelles étroites en criant :
« Viens Rachida ! Où es-tu ? Il faut qu’on rentre chez nous ».
Marchands et usagers comprirent enfin que l’homme en haillons souffrait gravement.
L’amour lui avait perdre la raison.
Regards pitoyables.
Toutes les jeunes filles qui faisaient des achats rêvaient d’un amour pareil.
Un homme qui leur resterait fidèle même après la mort.
Un homme qui perdrait la raison après leur disparition.

Après avoir fouillé dans tous les recoins du marché, il quitta les lieux et se dirigea vers la plage.
Il s’assit sur un rocher, celui-là même qui les avait accueillis la première fois, lui et Rachida.
Il hurla de toutes ses forces : « Je suis là. Viens on va partir au festival Moulay Abdellah. Hier, j’ai dressé notre tente tout près du mausolée. Viens ma chérie, nous allons partir tout de suite ».
Les rares baigneurs dévisageaient pitoyablement ce misérable qui parlait tout seul en fixant les vagues.
Vers dix sept heures de l’après midi, Ritzou informa Rachida qu’il comptait passer une semaine à Moulay Abdellah. Il allait partir le soir même à ce festival. Il y dresserait la petite tente canadienne qu’il avait achetée quelques jours auparavant. Il reviendrait le jour suivant pour l’emmener avec lui. Elle allait certainement apprécier ce lieu touristique qui drainait beaucoup de visiteurs. Elle admirait la fantasia, cette course de chevaux dont le pays tout entier demeurait fier. Elle vibrerait aux divers chants folkloriques.
Il lui conseilla de rester à la maison, de manger et de ne pas avoir peur. Il reviendrait tôt le jour suivant.
Il partit.
Rachida alluma la petite radio. Elle ne voulait pas continuer à penser qu’elle allait passer la nuit toute seule.
Mais elle était heureuse d’avoir rencontré l’homme qui lui prêtait toute son attention, tout son amour.
Rêve délicieux.
Sommeil profond.

Sur la place centrale du marché, une immense foule formait un grand cercle autour du corps gisant par terre. Une main blanche, aux doigts très fins, dépassait le bout de tissu blanc tacheté de sang qui couvrait le cadavre. Des objets éparpillés par terre : Un peigne rose, un petit miroir ovale, un minuscule flacon de parfum en forme de cœur…
La tristesse étranglait Naima qui pleurait silencieusement. L’ex-inspecteur était consterné. Il titubait. M’jid vomissait contre le mur de sa boutique.
Habillés tout en blanc, les barbus se mirent à réciter, à haute voix, quelques versets de Coran.
Seuls les visages des autres vendeuses demeuraient inexpressifs.

Ritzou, l’air hagard, répondait machinalement aux policiers chargés de mener l’enquête. Son regard, brouillé par les larmes, criait son innocence.
Mais il fallait faire vite. Clore le dossier. Le suspect était là. Le bouc émissaire.
Rachida paya pour l’attitude irresponsable des responsables. Leur laxisme lui coûta la vie.
L’animal était sacrifié.
Deuil.

Police.
Travail fastidieux.
Questions idiotes.
Qui ? Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ?
Arme du crime.
Reconstitution du drame.
Enquête achevée.
Juge d’instruction.
Condamnation.
Folie.

Cris lointains de jeunes chômeurs réclamant du travail.





Mhamed LAABA



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