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GESTIONS DE CRISES. Troisième partie

Auteur de recits


Récit écrit par Laabali.
Auteur homme.    Contacts de l'auteur : mhamed1950hotmailfr



histoire publiée le 03-03-2011
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8273-l713

Titre : GESTIONS DE CRISES. Troisième partie

Autofiction  Afrique  Tragédie 
 
 

GESTIONS DE CRISES. Troisième partie


Troisième parie :


En débarquant à la gare routière de la ville d’El Jadida, la jeune fille fut abordée par un jeune adolescent qui agitait un trousseau de clés. Il l’informa qu’il pouvait lui louer une chambre à un prix très raisonnable.
La horde des estivants commençait déjà à quitter la ville.
Elle accepta l’offre et s’installa dans une petite maison toute délabrée située à Mouilha, l’un des plus pauvres quartiers de la ville, situé au bord de la mer. Sa chambre, une minuscule pièce qui n’avait aucune fenêtre se trouvait sur le toit de la maison.
Murs fissurés. Moisissure.
Rachida aurait aimé prendre une douche avant de se rendre sur le lieu qui l’avait fait tant rêver. Malheureusement, il n’y avait pas de salle de bain. Elle se contenta donc de changer de vêtements : Elle enfila un jean délavé et très serré, une chemisette rayée et des baskets et quitta sa chambre vers six heures du soir.
Un taxi la déposa devant le casino.
Un lieu magique.
Un ilot de verdure.
Situé au bord de la mer, à quelques kilomètres de la ville, le complexe touristique Mazagan reposait paisiblement au milieu de palmiers dattiers, d’arbres exotiques et de lumières multicolores.
Sensation de tranquillité, de détente et de liberté.
Souriante, Rachida se dirigea vers l’entrée principale.
Personne ne lui prêta attention.
Elle fut impressionnée par les dimensions imposantes de la salle des jeux.
Des clients, hommes et femmes cherchaient désespérément à rencontrer dame chance. Ils étaient assis autour d’une cinquantaine de tables bien alignées en rangées.
Poker, roulette, black Jack, Texas…
Accaparés par le déroulement du jeu, les clients fixaient silencieusement les mystérieux chiffres rouges qui gisaient sur les tapis verts.
Des piles de jetons.
Croupiers en uniformes marron.
« Faites vos jeux ! Faites vos jeux ! Rien ne va plus !... ».
Serveuses en jupes courtes.
Elles offraient aux clients des sodas ou des verres de whisky.
Rachida essaya de comprendre le mécanisme et les règles des jeux, mais sans succès. Elle se dirigea vers les innombrables machines à sous. Un jeune employé lui expliqua rapidement comment elle devait miser et comment récupérer éventuellement ses gains.
Il partit vers d’autres clients.
La jeune fille s’installa devant son appareil et se lança prudemment dans le jeu.
Mises de cinq dirhams (un demi- euro).
Vers une heure du matin, elle avait perdu quatre cents dirhams. Deux tournées d’alcool et un paquet de cigarettes lui avaient fait perdre un peu de sa lucidité. Elle quitta, sans le moindre regret, sa machine et se dirigea vers le dancing.
Lumière tamisée.
Musique assourdissante.
Foule excitée.
Aucune harmonie.
La jeune fille commença à se dandiner en souriant aux jeunes garçons qui la fixaient de leurs regards tout en tournoyant autour d’elle.
Terrible mal de tête.
Avances timides et maladroites de quelques adolescents.
Aucun intérêt.
Vers six heures du matin, morte de fatigue, elle quitta le casino, prit un taxi et regagna sa petite chambre en ville.

Elle fréquenta ce lieu magique tous les soirs pendant dix jours.
Manque d’argent. Manque de chevaliers hardis.
Elle décida de retourner chez elle, à Youssoufia.
Avant de prendre l’autocar, elle demanda à son locataire de lui réserver la même chambre, car elle comptait revenir après deux ou trois jours.


Alors qu’elle était encore au collège, Rachida entendait chaque soir la télévision parler de l’ouverture imminente d’un casino dans la ville d’El Jadida. Unique en son genre dans toute l’Afrique du nord, ce joyau architectural allait, selon les responsables, drainer une foule de touristes.
Ce matraquage télévisuel emportait la jeune fille dans le monde féérique et exotique de son imagination. Elle se promenait le long des lagons aux eaux limpides. Le soir, elle s’allongeait sous un cocotier pour siroter un jus tout en admirant le coucher du soleil. Son petit ami, un jeune français au corps parfaitement sculpté, la prenait de temps en temps entre ses bras pour lui décrire, en chuchotant, le bonheur qu’il vivait auprès elle.

Au collège, durant les moments de recréation, elle parlait à ses amis de ce casino, dont on parlait quotidiennement à la télévision. Elle leur jurait qu’elle irait un jour le visiter. Tout le monde savait qu’elle en était capable. La fille du président d’un conseil municipal faisait partie de la crème de la société qui devait jouir de tous les privilèges. Afin de s’épanouir naturellement, cette mince tranche de la population ne devait souffrir d’aucune frustration.
Lorsqu’elle fut exclue du collège, Rachida demeura chez elle presque un mois. Elle aidait sa maman dans les tâches ménagères le matin, l’après midi, elle prenait sa moto pour aller voir ses ex-amis et s’amuser un peu. Elle fumait deux ou trois joints avant de regagner la maison. La nuit, elle allumait son ordinateur pour « chater » avec tous les insomniaques jusqu’à une heure tardive.
Un jour, alors qu’elle déjeunait avec ses parents, elle déclara à son père qu’elle avait trouvé le site d’un institut privé dans la capitale, et qu’elle comptait s’y inscrire. En entendant la nouvelle, son père sauta de joie et l’encouragea à prendre contact directement et le plus vite possible avec l’établissement en question. Il avait toujours souhaité que sa fille fasse des études, au lieu de rester enfermée dans la maison comme sa maman. Il désirait ardemment que quelqu’un de sa famille soit ambitieux, comme lui, et se venge de cette ignorance qui le faisait tant souffrir. Il lui remit une importante somme d’argent et lui conseilla de partir le jour suivant.
Le lendemain, elle prit un autocar pour la ville d’El jadida.

De retour à Youssoufia, elle expliqua à son père qu’elle s’était inscrite dans un institut de renommée internationale. Elle comptait faire des études en management. Vu que les programmes étaient surchargés, elle envisageait de louer un petit studio juste en face de l’école. D’ailleurs elle devait faire vite, parce que les cours débuteraient la semaine suivante.
Lorsqu’elle annonça le prix de la scolarisation, Aziza, sa mère, sursauta en criant que la somme était au dessus de leurs capacités. Laouissi la rassura en soulignant qu’une école de telle notoriété méritait bien ces frais. Il ajouta en souriant : « Pour les études de ma fille, je suis prêt à dépenser même plus ». Il conclut enfin, que ce nouveau budget ne déséquilibrerait en aucune manière leur mode de vie.
La valeur des pots de vin avait augmenté sensiblement.
La maman appela la petite bonne pour qu’elle débarrasse la table.
Elle évita de contrarier son mari. Miné par une maladie incurable, il venait juste de prendre une poignée de médicaments susceptibles de rallonger sa vie de quelques mois. Le médecin traitant avait prévenu la famille qu’il ne fallait en aucune manière irriter le président.
Le soir même, le père remit à sa fille des liasses de billets d’argent. Celle-ci les rangea soigneusement dans sa valise au milieu de ses habits. Laouissi voulait bien l’accompagner jusqu’à l’école, mais elle le rassura qu’elle était assez grande pour se débrouiller toute seule.
Tôt le matin, il la déposa à la gare routière.
Titubant sous l’effet des médicaments, il rejoignit son bureau.
Elle rejoignit la ville d’El Jadida.


Comme un chien abandonné par son maître, Rachida erra longtemps dans la ville. Elle se retrouva enfin à quelques mètres du marché Lalla Zahra.
Désordre. Chaos.
Etalages de légumes, de poissons sur toutes les ruelles qui menaient à l’entrée principale.
Flaques d’eau sale. Odeurs nauséabondes. Détritus qui jonchaient le sol. Immondices. Mouches.
On se déplaçait avec précaution pour ne pas salir ses vêtements.
Debout, derrière leurs charrettes surchargées de légumes, les prétendus modèles de la vertu, - les intégristes, les rabats-plaisir-, des barbus habillés en blanc, dévoraient de leurs yeux de lynx les fesses serrées de l’étrangère qui tentait de se frayer un chemin au milieu de la foule.
Contorsions.
Allongement des cous pour faire durer le plaisir du spectacle.
Ceux qui comprirent qu’ils n’avaient aucune chance de gouter à ce fruit sensuel qui déambulait devant eux, maudirent Satan et récitèrent quelques versets coraniques. D’autres, comme des hyènes affamées, suivirent silencieusement la proie pendant quelques mètres.
Bredouilles, la gueule ruisselante de salive, ils rejoignirent leurs tanières.
Ils récitèrent à leur tour des versets de Coran.

La jeune fille découvrit enfin le marché.
Elle fut découverte par H. Ritzou.
Souriante, elle engagea facilement une conversation avec le jeune aux bras tatoués.
Pour la rassurer, Ritzou l’emmena directement chez la grosse femme et lui commanda un verre de thé et deux crêpes. Comme elle n’avait rien mangé depuis le matin, elle dévora rapidement son repas.
Le jeune homme lui tendit un gros joint.
Elle apprécia la qualité de la drogue.
Sensation de détente.
Sa langue se délia.
Elle raconta à son bienfaiteur tous les déboires qu’elle avait connus et tous les malheurs qu’elle avait vécus depuis son retour à El Jadida.
Elle avait gaspillé tout son argent au casino. Chaque soir, en s’installant devant sa machine à sous, elle espérait rafler le gros lot, mais l’engin restait insensible aux prières de la jeune fille. L’ogre gobait avidement l’argent et refusait de vomir. Les cris sonores qu’il dégageait après chaque bouchée montraient bien qu’il n’était pas encore rassasié.
Elle vendit ses vêtements et sa valise, paya le loyer et abandonna définitivement sa chambre.
En quittant la vieille maison, elle brada le téléphone portable qu’elle avait acheté en débarquant à El Jadida et se rendit une dernière fois au casino.
Dame chance était encore absente ce soir là.
A six heures, elle quitta définitivement ce lieu magique et revint en ville. Elle erra toute la matinée et atterrit au marché Lalla Zahra.

Depuis le jour où un vieil ami de Youssoufia l’avait informée par SMS que son père était mort, que sa maman avait rejoint sa tribu à la campagne, et que le chauffeur avait été licencié, elle n’envisageait plus de retourner dans sa ville natale.
Ritzou l’emmena dans sa boutique et lui proposa de rester avec lui le temps qu’elle voudrait. Elle accepta cette offre sans se faire prier.
« Au moins, j’ai un endroit où je peux dormir », se dit-elle.
Elle se reposa quelques instants avant de sortir faire un tour dans le marché en compagnie de Ritzou.
Fier de sa conquête, la poitrine bombée, celui-ci lui parlait de son domaine. Tous les marchands dévisageaient la charmante l’étrangère. Chacun tentait d’attirer son attention selon ses propres moyens.
Les yeux exorbitants, le taulier commença à taper sournoisement sur une barre de fer. Le magnétophone du vendeur de disque lança une stridente chanson populaire bien rythmée. Voulant sortir de sa boutique pour admirer à sa guise cette belle étrangère, le jeune épicier noir renversa une bouteille d’huile. Il commença à injurier et à cracher par terre avant de reprendre ses esprits et de se calmer.
Il rejoignit docilement sa tombe.
L’ex-inspecteur savait à l’avance qu’il n’avait aucune chance de réussir. Son physique ne plaidait pas en sa faveur. Ses canaris non plus. Au moment où il avait énormément besoin de leur aide, les serins le trahirent en fermant hermétiquement leurs becs. A l’aide d’un vaporisateur de parfum, l’alchimiste tentait vainement de rendre l’air plus respirable autour de sa boutique. Seul Mjid demeurait sage : sa femme était à l’affut de tout geste suspect.
Echec de toutes les stratégies.
Radieuse, Naima qu’on croyait perdue, ressuscita de ses cendres. Elle trouva prétexte pour lancer un avertissement à ses ennemies de toujours.
« Voilà ce qu’on peut appeler de la marchandise fraiche ! Dieu soit loué, dorénavant tout le monde va manger de la vache enragée ».
Et elle lança un youyou qui fit rougir toutes ses voisines et les poussa à aller, illico, se renseigner auprès de la vendeuse de crêpes.
Avalanche de remarques.
- Qui est cette jeune fille ?
- Elle est belle !
- Elle va certainement semer le désordre dans le marché (Comme si le marché n’était pas en désordre).
- Surtout si elle se met à vendre un produit quelconque.
Elles chargèrent la grosse femme de lui parler, de la mettre en garde contre Ritzou.
- Un jour cet ivrogne va la tuer.
- Qu’est-ce qu’il connaît à l’amour ?

Elles avaient tort.
Depuis qu’elle avait perdu ses parents et son argent, Rachida était en quête de quelqu’un qui l’écoutait, qui lui prêtait attention. Elle avait besoin d’amour, de tendresse. Elle venait de rencontrer celui qui présentait les mêmes symptômes.
Ritzou lui aussi était content d’avoir trouvé la personne qui partagerait ses soucis. La personne à qui se confier. Celle qui ressentirait ses douleurs.
Depuis le jour où ils s’étaient rencontrés, ils se sentaient soulagés, légers, heureux.
La jeune fille commença à s’occuper de son compagnon. De temps en temps elle allait chercher des seaux d’eau au bain maure pour lui laver ses vêtements. Elle lui demandait ce qu’il désirait manger à midi. Elle s’appliquait pour le satisfaire. Le soir quand ils étaient seuls dans leur boutique- leur maison, comme ils aimaient l’appeler- la jeune fille donnait des conseils à son ami. Elle l’encourageait à travailler. Elle aussi allait l’aider en vendant quelque chose dans le marché. Son ami lui promettait qu’il ferait de tout son mieux pour la rendre heureuse, mais il refusait catégoriquement l’idée de la laisser travailler.
Il connaissait parfaitement les manigances de toutes les vendeuses. Il avait horreur des intrigues qui se tramaient quotidiennement.

Ritzou entama une nouvelle vie.
Il ne se soûlait plus chaque soir.
Il fumait des cigarettes au lieu du hachich.
Il se réveillait tôt le matin.
Il déchargeait les sacs de légumes.
Il balayait devant les boutiques
Il vendit son ânon.
Il offrit à Rachida un foulard et un petit flacon de parfum en forme d’un cœur.
La jeune fille fut aux anges lorsqu’elle reçut ce cadeau.

Tous les après midi, quand il faisait beau, les deux amoureux se dirigeaient vers la plage. Ils se mettaient sur un rocher et restaient là, enlacés, jusqu’au coucher du soleil.
Pourtant, leur chemin de bonheur restait jonché d’embuches.
Nombreux étaient les jeunes garçons qui enviaient ce couple « original ». Certains tentaient de courtiser la jeune fille pour mettre fin à cette liaison aux allures déséquilibrées. Des clochards, des ivrognes dévisageaient longuement la jeune fille en prononçant des mots incompréhensibles.
Pour rejoindre la mosquée, les intégristes barbus faisaient tout un détour afin de passer devant la boutique de Ritzou et de jeter un coup d’œil discret à la charmante jeune fille.
« Dieu est grand ! ». « Dieu est beau et aime la beauté ! »
Cette franche et arrogante provocation rendait Ritzou hors de lui. Il était prêt à défendre jusqu’à la mort l’unique beau cadeau que le destin avait daigné enfin lui offrir.
Devant ces situations très tendues, qui frôlaient la catastrophe, et bien qu’elle soit flattée de pouvoir susciter la jalousie de son compagnon, Rachida gardait toutefois son sang froid. Elle conduisait son ami à leur maison pour le calmer et lui répéter une nouvelle fois que rien au monde ne pourrait mettre fin à leur bonheur.
Ritzou et la jeune fille étaient inséparables. Ils s’amusaient tout le temps. Ils étaient heureux d’être ensembles.



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