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GESTIONS DE CRISES. Deuxième partie

Auteur de recits


Récit écrit par Laabali.
Auteur homme.    Contacts de l'auteur : mhamed1950hotmailfr



histoire publiée le 02-03-2011
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8268-l709

Titre : GESTIONS DE CRISES. Deuxième partie

Autofiction  Afrique  Tragédie 
 
 

GESTIONS DE CRISES. Deuxième partie


II- Deuxième partie :


Laouissi, fut réélu une nouvelle fois à la tête du conseil municipal de Youssoufia. Pourtant, tous les électeurs avaient donné, cet analphabète obèse, battu par ses adversaires, vu la dégradation du service public qu’avait connue la ville depuis qu’il était à la tête du conseil.
Mais Laouissi savait comment tirer son épingle des situations critiques.
Personne n’avait prédit la carrière brillante de cet ex-vendeur de bovins dans toute la région de H’mar. Depuis l’âge d e dix huit ans, ce blédard aux dents proéminentes qui empêchaient ses lèvres de se joindre, parcourait tous les souks et les douars afin d’acheter ou de revendre des bêtes. Les habitants de Chemmaia, de Ben grir, de Midat, de Jnan Khail ou de Bou Naga le connaissaient. Ils avaient tous eu, un jour ou l’autre, des démêlés avec cet escroc.
Cette période de transhumance lui fut très utile, puisqu’il y perfectionna ses défauts et plus particulièrement l’art de mentir, une compétence indispensable pour tout politicien.
Le jour où il bifurqua, par instinct, vers la politique, il choisit un parti qui venait juste d’être crée et s’imposa facilement comme son unique représentant dans la région.
Personne de ses concurrents n’avait son niveau mensonger.
Depuis sa première élection, il était sûr d’avoir confisqué ce poste pour la vie. Seul un tsunami pourrait le détrôner. Massif, il se vautrait dans son fauteuil de président tout en souriant de la débâcle de ses adversaires.
Laouissi avait une fille unique qu’il adorait. Elle s’appelait Rachida et était âgée de neuf ans. Beaucoup de gens affirmaient qu’elle n’était pas sa propre fille. Elle ne ressemblait à aucun de ses parents. Mais personne n’avait jamais prouvé la vraie filiation de la petite.

Comme tous les présidents des conseils municipaux, le jour où Laouissi reçut une somptueuse voiture de service, il la mit à la disposition de sa fille.
Bien qu’il fût engagé par la municipalité, le chauffeur, un lointain cousin du président du conseil municipal, devint le chauffeur personnel de Rachida. Il fut chargé de la conduire chaque matin à l’école et de l’attendre jusqu’à midi pour la ramener.
A la maison, on parlait de la voiture comme si elle était la propriété privée de la gamine.
« Où sont les clés de la voiture de Rachida ? ».
« Faites entrer la voiture de Rachida au garage ».
« Prends la voiture de Rachida et va faire le marché ».
Si la femme de Laouissi voulait se rendre au bain maure, le chauffeur l’emmenait dans la voiture de Rachida.
En sillonnant les ruelles non asphaltées à toute allure, la voiture de Rachida soulevait plus de poussière que les fréquents vents chauds qui balayaient énergiquement la cité. Vu l’état chaotique des pistes, les habitants se déplaçaient par charrettes : Un moyen usuel et à la portée de presque toutes les bourses. Les rares conducteurs de véhicules circulaient prudemment afin d’éviter des pannes mécaniques qui pourraient être très coûteuses.
La voiture de Rachida n’avait pas ce souci.
Et combien même elle avait un problème mécanique, le président du conseil municipal aurait facilement une autre limousine flambant neuve.
Gérer les affaires sociales des citoyens méritait bien quelques privilèges.
Et ne pas octroyer une voiture neuve à un président de conseil municipal, et dans les plus brefs délais, pourrait être interprété par les médias comme une décision hautement antidémocratique.
Le jour où la fillette accéda au collège, elle fit savoir à ses parents qu’elle en avait assez de se voir conduire comme une gamine à l’établissement. Elle voulait comme toutes ses petites amies s’y rendre à pieds.
« Le collège n’est qu’à une centaine de mètres de chez nous ! ».
Laouissi rejeta sa demande :
« Les rues sont pleines de voyous et mes adversaires politiques pourraient te créer des problèmes ».
Avec l’aide de sa maman, la fille unique obtint gain de cause et remporta sa première victoire contre son père.
Elle commença à se rendre à pieds au collège.
Le véhicule changea de nom et devint « la voiture de Aziza », la femme de Laouissi.
Le chauffeur devint le confident de la maman avant d’être promu au grade d’amant.
Bien qu’elle fût issue d’une famille très modeste, qui habitait à une vingtaine de kilomètres de Youssoufia, Aziza sut parfaitement jouer le rôle de la femme du représentant de la ville depuis le jour où elle prit possession du véhicule.
Maquillage agressif.
Sourcils revus et corrigés au crayon noir.
Rimmel sur les cils.
Triple couche de fond de teint pour camoufler les traces de la misère et le tatouage sur le front et le menton.
Parée, couverte de lourds bijoux, Aziza se rendait à l’économat non pas pour faire le marché, mais pour impressionner les femmes des ingénieurs de l’OCP (office chargé de l’extraction des phosphates) et leur rappeler qu’elle demeurait la première dame de la ville malgré l’odeur de bouse de vache qui continuait à déborder de tout son corps.
Rachida commença à percevoir ses allocations de déplacement à pieds.
Cents dirhams par jour (10 Euros).
Premiers moments de bonheur au collège.
Liberté.
Plus de marche en rang.
On rejoignait les salles dans le désordre.
Assise au fond de la salle à côté de son ami Said, elle se collait à lui, de temps en temps, pour recopier un mot ou une phrase.
Application ouverte des petits seins contre la poitrine du jeune homme.
Sensation de plaisir et de bien être sensuel envahissant les deux corps.
Décharge électrique parcourant les deux adolescents.
Rachida et Said ne suivaient plus le cours. Insouciants, ils voguaient dans leur monde merveilleux.
Classes surchargées. Quarante neuf élèves. Professeurs dépassés.
Le jeune garçon participait lui aussi à ce jeu délicieux.
Il se penchait pour ramasser son crayon qu’il faisait tomber exprès, par terre.
Il caressait la belle jambe lisse de la jeune fille.
Souriante, celle-ci se laissait faire.

Rachida commença à sortir les samedis après midi pour se rendre chez ses amies. On l’invita à des rencontres entre copains. Elle ne ratait aucun « boom » et s’amusait comme une folle. Le jour où elle alluma sa première cigarette, elle faillit suffoquer et fut l’objet de plaisanteries sarcastiques de la part de ses amis. Pour effacer cette moquerie, elle s’appliqua sérieusement et devint en quelques mois une experte de la drogue à qui beaucoup de jeunes adolescents venaient lui demander son avis sur la came qu’ils comptaient se procurer.
Les résultats de son travail au collège commençaient à se détériorer sérieusement. Comme son père n’avait pas ni les compétences ni le temps de suivre régulièrement le parcours scolaire de sa fille, ce fut donc Aziza qui lui demanda des explications.
« J’aimerais bien réviser mes leçons avec mes amis ».
Elle ajouta qu’elle aussi, voulait profiter de cours particuliers, mais malheureusement, elle n’avait pas de moyen de transport. Elle pria donc sa maman de dire à son papa de lui acheter une moto.
Comme d’habitude, Laouissi montra une certaine résistance qui fut de courte durée, puisque Rachida eut son scooter une semaine après.
Avec son engin, la jeune fille devint plus indépendante et plus libre. Son champ d’action s’élargit. Elle parcourait tous les quartiers et s’aventurait même parfois jusqu’à des hameaux qui se trouvaient à des kilomètres de chez elle pour s’approvisionner en drogue. Elle connaissait tous les dealers de Sidi Ahmed, de Mzinda et de bien d’autres quartiers plus sensibles.
A la fin de l’année scolaire, elle fut renvoyée du collège.
Ce triste événement n’ébranla aucunement Laouissi.
Sa fille serait autorisée à redoubler sa classe.
Rien ne peut s’opposer à la volonté d’un président de conseil municipal, surtout s’il ne sait conjuguer que le verbe « vouloir » à la première personne du singulier du présent de l’indicatif.
C’était le cas de Laouissi.
« Je veux… », disait-il.
Et ses interlocuteurs étaient tenus d’exhausser ses vœux.
Mêmes les chômeurs avaient déserté Youssoufia. Laouissi parvint à les convaincre que l’avenir des jeunes se trouvait dans les grandes villes. « Là bas, vous trouverez facilement un travail bien rémunéré ».
Tous les jeunes partirent réclamer du travail ailleurs.
Le jour où le président du conseil intervint auprès de l’administration du collège en la sommant :
« Je veux que ma fille redouble sa classe ».
Ce jour là, le temps s’arrêta. Le monde s’ébranla. Et le verbe « vouloir » perdit son aura et sa charge significative.
Laouissi se heurta à un solide front formé de professeurs dont l’idéologie et l’appartenance politique étaient diamétralement opposées aux siennes.
Courageusement, ils dirent « NON ! » au président, en le fixant droit dans les yeux.
La chute !
Rachida fut renvoyée définitivement de l’établissement.
La mort dans l’âme, le père se résigna. Il accepta sa défaite. Il déserta son bureau pendant quelques semaines. Il partit digérer sa désillusion dans un asile de schizophrènes à Casablanca.
L’échec cuisant du président du conseil municipal, devint un sujet de conversation dans toutes les bouches des habitants de Youssoufia.
Laouissi était vulnérable.
Laouissi était malade.





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