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GESTIONS DE CRISES. Première partie

Auteur de recits


Récit écrit par Laabali.
Auteur homme.    Contacts de l'auteur : mhamed1950hotmailfr



histoire publiée le 28-02-2011
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8267-l708

Titre : GESTIONS DE CRISES. Première partie

Autofiction  Afrique  Tragédie 
 
 

GESTIONS DE CRISES. Première partie


GESTIONS DE CRISES
Première partie :

Malgré les solutions envisagées pour réduire l’impact du chômage, le pays continuait à souffrir de ce fléau qui persistait à ronger sa jeunesse. Tous les futurs élus accusaient leurs prédécesseurs de n’avoir pas su prendre les bonnes décisions susceptibles d’éradiquer ce mal. Lors des meetings, ils rassuraient les populations, généralement des femmes et des enfants, en leur affirmant qu’au cas où ils prendraient les rennes de la région ou de la ville :
« Vous ne trouverez pas un seul citoyen sans travail ! ».
Les hommes n’assistaient pas à ces rassemblements :
« Ces orateurs occasionnels ne visent en réalité que de somptueux fauteuils au sein du conseil municipal, un poste qui leur permet de fructifier leurs propres affaires, et par voie de conséquence, gagner des sommes colossales. Ils confondent le pouvoir avec leurs intérêts immédiats ».
Se sacrifier pour le peuple ?
« La république » de Platon !
Et les sommes d’argent que les candidats dépensaient généreusement lors de leurs campagnes électorales ?
Et les festins gargantuesques qu’ils organisaient après leur victoire ?
Comment allaient-ils récupérer toutes leurs dépenses ?
Mais non ! Ils faisaient tout cela pour l’intérêt général !
« Ils adorent le peuple. Ils aiment bien le servir. Et pour cet acte noble, ils sont prêts à dépenser toutes leurs richesses ».
Peuple ingrat !
Les jours de scrutins, une bonne partie de la population, consciente de la farce qui se jouait au niveau national, fuyait les bureaux de vote et se barricadait chez elle.
Rejet collectif de participation.
Cependant, radio et télévision venaient narguer, sans scrupule, les citoyens jusque chez eux, pour leur annoncer que le record de participation venait d’être pulvérisé et qu’il avait frôlé les cents pour cent. La presse écrite, elle aussi, participait à sa manière à cette mascarade en publiant les photos, souvent en couleur, des heureux élus.
Et la vie continuait : plate, monotone, insipide
Le scrutin n’était qu’une parodie.

Avec le temps, beaucoup de jeunes diplômés vinrent gonfler les rangs des chômeurs. Ils se révélèrent largement plus téméraires que leurs aînés majoritairement des illettrés. Ils organisaient des settings devant les municipalités et les préfectures pour interpeler ceux et celles qui leur avaient promis du travail et leur rappeler qu’il était temps d’agir.
Ils criaient.
Manque de concentration des responsables à cause du bruit.
Impossible de travailler.
Municipalité en panne.
Les syndicats tentèrent vainement de récupérer ce soulèvement aux allures prometteuses. Les jeunes se méfiaient aussi bien des syndicats que du patronat et des partis politiques.
Désespérés, ils avaient perdu toute confiance.

N’appréciant pas ces dérangements, alors qu’ils n’avaient pas encore mis sur pied leurs propres projets, les nouveaux élus faisaient appel à la police, parfois même à l’armée pour apaiser les mécontents.
Excès de zèle.
Les forces d’intervention rapide, usaient souvent d’arguments qui leur paraissaient on ne pouvait plus dissuasifs. Ils gratifiaient honorablement tous les jeunes demandeurs d’emploi de coups de matraques. Mais les bataillons de mécontents n’abdiquaient pas. Plus décidés que jamais, ils pansaient leurs blessures et revenaient à la charge une semaine plus tard.
Devant cet ouragan imprévisible qui risquait de se déchaîner à n’importe quel moment et dont les conséquences pourraient être dévastatrices, surtout pour les élus, ceux-ci finirent par sortir de leurs coquilles.
Ils quittèrent leurs tours d’ivoire.
Ils tentèrent de trouver une issue de secours.
Ils se mirent à cogiter malgré leurs quotients intellectuels très au dessous du médiocre.
Leurs visages devinrent rouges.
Des gouttes de sueurs coulèrent le long de leurs joues flasques.
Ils étaient au bout du désespoir.
La menace des sans emplois planait sur leurs têtes.
Il fallait faire vite.
Leurs réunions extraordinaires fréquentes montraient bien qu’ils étaient à bout de souffle et à court d’idées.
La solution qui les soulagerait tardait à venir.
Heureusement, du fin fond du pays vint la délivrance.
Un conseil municipal dont on n’avait jamais parlé et auquel personne n’avait jamais songé, finit par trouver la potion magique qui allait bouleverser la gestion des crises au niveau des communes : Les attentes d’une bonne partie des chômeurs allaient être satisfaites.
Un fleuve peut se révéler plus riche en poissons qu’un vaste océan.
Il fallait tout simplement construire des marchés communaux, et distribuer les boutiques aux chômeurs.
Ce n’était pas sorcier, mais il fallait y penser.
Les idées géniales germent toujours dans des esprits modestes.
Tous les élus empruntèrent le chemin de la petite communauté.

Le conseil municipal de la ville d’El jadida, comme ses semblables, sauta sur l’occasion et érigea en un temps record son marché.
Un monument qui resterait certainement dans les annales de la ville.
Une centaine de minuscules boutiques, aux dimensions de tombes.
Les responsables pensaient y enterrer une bonne partie de leurs soucis. Des ruelles, dont la largeur dépassait rarement un mètre, sillonnaient cet espace commercial. On donna à ce monument aux allures d’un cimetière le nom très évocateur de « Bir Brahim » (le puits d’Abraham).
Qui était Brahim ? Et pourquoi parlait-on de son puits ?
Mauvais présage.
Marchands et usagers rejetèrent ce nom maudit et le remplacèrent par celui de « Lalla Zahra ». Au moins cette sainte n’était pas étrangère au quartier, puisqu’elle reposait tranquillement à quelques mètres du marché. D’ailleurs les habitants enjambaient quotidiennement sa tombe qui barrait un trottoir dans toute sa largeur.
Distribution des boutiques tombeaux dans des conditions « transparentes et hautement démocratiques »
Craignant l’échec de leur démarche et se souvenant des fameux settings, les élus éventèrent une idée aux allures d’une vérité générale :
« Un petit métier libéral est mille fois plus lucratif que le poste d’un haut fonctionnaire public ».
Le slogan eut son effet.
Certains chômeurs se voyaient déjà participer à des foires internationales et décrocher des contrats juteux.
Pour prendre possession de leurs boutiques, les heureux bénéficiaires devaient verser au préalable une importante somme d’argent aux membres du conseil municipal. Ce qui freina sensiblement la ruée vers Lalla Zahra. Surtout que cette lourde taxe n’était mentionnée sur aucun papier officiel.
Les représentants des citoyens avaient besoin de beaucoup d’argent pour maintenir leur niveau de vie.
On oublia les infrastructures de base.
Les travaux de finition des boutiques furent à la charge des acquéreurs. Certains commencèrent à installer des portes.
Le bois coûtait chers.
La plupart des futurs négociants se contentèrent d’accrocher un bout de tissus en guise de porte.
L’entrepreneur chargé de la construction de ce joyau architectural avait omis, lui aussi, de prévoir des lieux sanitaires.
Lalla Zahra n’avait pas besoin de WC.
On se soulageait partout. Là où on pouvait. L’odeur d’urine embaumait Lalla Zahra.
La régie de la ville priva le marché des deux éléments vitaux : l’eau et l’électricité.
Tôt le soir, clients et commerçants cédaient les lieux à des hordes de chiens et de chats. Personne ne pouvait s’approcher de Lalla Zahra dans le noir. Même la police n’osait jamais se hasarder près de ce lieu à haut risque, situé en plein cœur d’un quartier populaire qui approvisionnait tous les toxicomanes en toute sorte de drogue.
Comme beaucoup de chômeurs n’avaient pas pu verser la somme exigée, les responsables firent appel à des particuliers.
Aucun élu ne prit la peine d’organiser ce lieu commercial. Les boutiques furent cédées selon l’ordre numérique. Aussi, le boucher se trouva-t-il coincé entre un forgeron qui se défoulait à longueur de journée en tapant frénétiquement sur un morceau de taule et, un vendeur de produits de lessive qui avait le don de confectionner lui-même des solutions auxquelles nulle tâche ne pouvait résister. Cet alchimiste gardait jalousement le secret de son invention en ne laissant filtrer qu’une odeur pestilentielle qui faisait fuir tous les usagers soucieux de revenir, chez eux, en bonne santé.

Las de parcourir toute la région à la recherche d’une leçon bien préparée ou d’un public motivé, un inspecteur de l’enseignement abdiqua. Il était à bout de nerfs. Il prit sa retraite par anticipation et s’acheta lui aussi une boutique à Lalla Zahra.
Néophyte. Nul sens des affaires.
Sur le conseil d’un ami, l’ex-encadreur pédagogique se lança dans le commerce de canaris et de poissons de décoration.
Il fut casé entre un vendeur de volaille et un marchand de cassettes de musique. Les chants de coqs mêlés aux ceux des rappeurs ne lui laissaient aucune chance d’apprécier les mélodies de ses sereins ni de se concentrer sur la lecture d’un livre.
Irrité par la cacophonie assourdissante qui l’agressait des deux côtés, le pauvre retraité n’arrêtait pas de commander des verres de thé à la grosse femme qui tenait une boutique en face de lui. Celle-ci parvenait miraculeusement à préparer des crêpes malgré la demi-douzaine de lapins qui sautillaient entre les verres et les assiettes en plastique. Les bêtes se cachaient sous les sacs de farine chaque fois qu’un client se présentait.

Deux boutiques situées en plein centre du marché ne trouvèrent pas d’acquéreur.
La première fit office de toilette et servit de lieu de soulagement à tous les commerçants. La seconde fut squattée par H. Ritzou.

H. Ritzou, un gaillard bien bâti, séduisant, attirant, du genre à avoir une femme dans chaque port. Un jeune homme qui n’avait jamais fréquenté l’école.
Depuis sa tendre enfance, il fut jeté dans la rue. Livré à lui-même, il grandit dans cette jungle au milieu des délinquants et des clochards. Ses parents étant morts alors qu’il n’avait pas encore cinq ans, personne des membres de sa famille ne prit la peine de se charger de son éducation. Comme des milliers de ses semblables, le gouvernement et les élus lui confisquèrent son enfance et son innocence.
Sans aucun métier, il se lança tôt dans les tentacules de la mendicité.
Ritzou n’avait pas d’argent, par contre, dame nature le dota d’un capital physique dont les atouts faisaient rêver toutes les jeunes filles. Ses bras musclés, dont il se servait rarement, étaient couverts de tatouages qui s’apparentaient vaguement à certains hiéroglyphes des anciens égyptiens.
Tous les commerçants se mirent à son service depuis le jour où il s’était installé dans sa boutique. Les marchands de légumes lui remettaient qui des tomates qui des pommes de terre. Le boucher lui offrait chaque jour un bon morceau de viande en souriant. Quant à la grosse dame qui préparait des crêpes et du thé, elle était tenue de lui cuisiner ses repas. D’autres commerçants, comme l’ex-inspecteur, se contentaient de lui donner une pièce d’argent. Il s’achetait une ou deux bouteilles de vin, parfois même plus, avec la somme qu’il collectait chaque jour. Le soir, il se réfugiait dans sa boutique pour boire et écouter tranquillement la petite radio que lui avait offerte le vendeur de disques. En contre partie, ce jeune homme était toujours prêt à défendre les marchands. Il lui arrivait même, s’il était de bonne humeur, de donner un coup de main à un commerçant en déchargeant des sacs de légumes.
Ritzou était le maître des lieux. Il n’avait pas d’amis.
Le jour où il ramena un ânon qu’il avait trouvé égaré près de la plage, il jura à tous les commerçants qu’il allait l’adopter. Tout le monde avait trouvé ce geste digne d’une Brigitte Bardot ou d’un fervent défenseur de la faune. Seuls les marchands de légumes voyaient en cette bourrique osseuse une bouche supplémentaire qu’il allait falloir nourrir.
Et Ritzou commença à appeler la petite bête « mon fils ».
Le soir, avant de dormir, l’homme aux bras tatoués n’oubliait pas de donner quelques conseils à son fils. Malgré la quantité de vin qu’il ingurgitait, il restait taciturne. Les rares phrases qu’il adressait au petit animal faisaient de grosses manœuvres avant de se dégager, tant bien que mal, de sa bouche. Comme s’il voulait lui montrer qu’il était attentif à ses conseils, l’animal dressait ses longues oreilles tout en fixant son « père » de ses gros yeux.

Beaucoup de jeunes qui rêvaient de devenir de riches négociants furent choqués par l’âpre réalité. Ils comprirent que le poste d’un fonctionnaire quelconque était mille fois plus lucratif que leur commerce de misère. Ils revendirent leurs boutiques et partirent ailleurs voir si l’herbe était plus verte.
Nouveaux acquéreurs, généralement des femmes.
Nouvelle stratégie de marketing.
Au lieu de rester coincées dans leurs étroites boutiques, les nouvelles commerçantes envahirent l’unique place centrale du marché pour y exposer leurs marchandises. La plupart d’entre elles étaient des marchandes de légumes.
Naima qui vendait de la coriandre et du persil fut la première à se mettre au beau milieu de la place.
La quarantaine.
Une poitrine bien fournie.
Exagérément maquillée.
G. de Fontenay avec son chapeau blanc.
Elle étala sa marchandise.
Jambes poilues.
Elle commença à crier pour attirer l’attention des clients.
La concurrence devint farouche à partir du moment où d’autres marchandes s’installèrent à côté d’elle. Aicha : la plus grande menace pour Naima. Une trentaine d’années. Peau blanche. Visage rond. Yeux ensorcelants :
La façon dont les clients regardaient Aicha en souriant, annonçait clairement que la guerre entre les deux femmes serait sans merci. Il fallait sortir toute l’artillerie lourde, surprendre l’ennemi.
Après avoir bien étudié le champ de bataille, Naima décida d’attaquer la première.
Elle interpelait les passants.
Elle leur jetait un clin d’œil.
Elle les invitait, d’un mouvement bref de la tête, à admirer … ses jambes.
On la voyait, souvent, partir avec un jeune homme vers sa petite boutique au fond du marché pour lui présenter ce qu’elle avait de meilleur comme marchandise. Derrière le rideau en tissu rouge, les transactions duraient entre quinze et vingt minutes.
Triomphante, le visage en sueurs, Naima rejoignait alors sa place en déclarant à voix haute pour que le clan adverse l’entende.
« Chez-moi, le client est roi. Il n’a que l’embarras du choix. Le produit que je lui offre est toujours frais et délicieux ! ».
Toutes les vendeuses devenaient pales. Elles se regardaient silencieusement.
Cuisante défaite !
A force d’entendre cette allusion irritante et provocatrice, elles finirent par utiliser les mêmes armes que Naima et commencèrent à inviter les clients à les accompagner pour qu’elles leur fassent goûter ce qu’elles avaient, elles aussi, de plus frais et de plus délicieux.
Cette nouvelle situation engendra une crise sans précédent qui frappa de plein fouet le commerce de Naima. Les clients boycottaient sa marchandise. Aucune organisation, aucune association ne put intervenir en sa faveur.
Même l’OMC était incapable d’intercéder pour gérer cette crise.
Naima décida d’agir toute seule en recourant à ses armes classiques.
Elle enleva son chapeau blanc pour exhiber ses cheveux coupés court et releva davantage sa robe.
Elle déboutonna sa chemisette pour mettre en relief ses seins.
Jadis, ces armes avaient un pouvoir dévastateur.
Grande déception !
Les clients cherchaient « le frais et le délicieux » dans les boutiques du camp adverse.
Abdiquer ? Il n’en était pas question.
Naima risqua un dernier baroud d’honneur.
La lutte au corps à corps.
Elle commença à faire du porte à porte en présentant ses services aux commerçants. Des séances de « massage » dont les prix défiaient toute concurrence. Elle avait déjà pratiqué ce métier du temps où elle travaillait dans un bain maure.
Telle une infirmière de la Croix Rouge, soucieuse de l’état de santé de ses blessés, elle parcourait tout le champ de bataille à la recherche de patients en mal de caresses et d’affection. Beaucoup de jeunes garçons déclinaient poliment l’offre.
Ritzou ne l’intéressait pas. L’ex-inspecteur non plus. Le premier vivait avec sa bourrique, le second avec ses livres.
M’jid, le cordonnier, aimerait bien tenter le coup, malheureusement, sa femme qui vendait des savonnettes et des bougies juste en face de sa boutique, le quadrillait parfaitement.
Abdellah, un jeune noir qui tenait une petite épicerie avait un sérieux penchant pour la femme à la poitrine bien garnie.
Il proposait un troc : « Un demi litre d’huile « Lessieur » contre une séance de bien être de vingt minutes !».
Echec des négociations.
Naima voulait de l’argent comptant.
Se rendant à la mosquée pour faire leurs prières, quelques islamistes barbus jetaient des coups d’œil furtifs à la chaire fraîche qu’exhibaient volontairement Naima et toutes ses voisines.
« Dieu est grand ! ».
Ils continuaient leur chemin. Ils fantasmaient. Ils se grattaient le bas du ventre.
Ils se masturbaient quand ils regagnaient leurs boutiques.
Des regards chargés de tendresse jaillissaient de partout et venaient caresser les marchandes exposées sur la place centrale.
Allusions. Sous entendus. Soupirs
Mais pas d’argent liquide pour étancher les désirs.
La crise monétaire internationale n’avait épargné personne. Mêmes les marchands de Lalla Zahra.





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