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Mon histoire avec Safia Cinquième partie: Mon mariage avec Safia

Auteur de recits


Récit écrit par GERACHE.
Auteur homme.    Contacts de l'auteur : grachid.2007gmailcom



histoire publiée le 27-01-2011
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8227-g331

Titre : Mon histoire avec Safia Cinquième partie: Mon mariage avec Safia

Nouvelle  Amour  Afrique 
 
 

Mon histoire avec Safia Cinquième partie: Mon mariage avec Safia


Nous restâmes ainsi – amants et concubins – pendant environ une année. Safia avait décroché son baccalauréat haut la main et se permit même de choisir la filière dans laquelle elle allait poursuivre ses études supérieures. Elle aurait pu choisir médecine, pharmacie ou architecture qui étaient les filières les plus cotées, mais elle opta pour une école de commerce – l’Institut National du Commerce – sur laquelle elle avait jetée son dévolu avant même de passer son bac.
Cela faisait déjà six mois qu’elle avait commencé les cours sur les hauteurs d’Alger et semblait heureuse de la manière dont cela se déroulait. Elle prenait tous les matins le transport des étudiants pour faire la vingtaine de kilomètres qui séparait la maison de l’école, y passait la journée jusqu’à environ seize heures et reprenait le bus pour retourner directement à la maison. Elle faisait ses recherches et préparait ses examens, pendant les heures creuses de la journée à la bibliothèque de l’Institut. Elle s’était organisée de telle manière à ce qu’à la maison, elle n’avait plus rien à faire qui soit en relation avec ses études. Quand elle rentrait, aux environs de dix-sept heures, elle s’occupait de la maison - sa maison - comme une vraie épouse.
Elle nous avait organisé une vraie vie de couple et avait fait de moi un homme heureux. J’étais maintenant toujours pressé de la retrouver et chaque minute que je passais loin d’elle m’était devenue insupportable. Je crois que si je m’étais laissé aller, j’aurais abandonné mon travail et lui aurait demandé à elle de faire de même avec ses études pour que nous soyons ensemble tout le temps. Moi qui, auparavant, sillonnait régulièrement le pays à la recherche d’opportunités d’affaires juteuses – je dirigeais une petite société de ramassage de déchets non ferreux dont le prix à l’exportation ne cessait de grimper- ne quittais pratiquement plus la capitale et ses alentours immédiats. Mes affaires, si elles ne périclitaient pas – j’avais su mettre en place un réseau de fournisseurs qui approvisionnaient régulièrement ma société et me garantissaient un chiffre d’affaire stable – ne se développaient pas non plus.
Mais je n’en avais cure. J’étais heureux comme cela, avec Safia à mes côtés. Elle-même me répétait sans cesse qu’elle était très heureuse de la vie que je lui offrais et qu’elle était maintenant devenue une femme épanouie à qui rien de vraiment important ne manquait. Nous rendions visite au moins une fois par semaine à ses parents, accompagnés du petit Hacène que nous récupérions à la veille de chaque week-end. J’avais demandé à Safia de convaincre son père de construire une petite maison sur le terrain libre à côté du taudis qui leur servait de logement. J’étais prêt à lui fournir les moyens nécessaires pour la construction.
Après quelques tergiversations, dues à une espèce de fierté mal placée – « je ne veux pas dépendre du petit ami de ma fille » avait-il un jour dit à sa femme, qui le répéta à Safia - le papa finit par accepter d’entamer la construction – au noir bien entendu, parce qu’il lui était impossible d’avoir le permis de construire, ne disposant pas de l’acte de propriété du terrain. Avec mon aide financière - pour acheter les matériaux et payer le maçon et les manœuvres - il réussit en un temps record à construire une maison avec trois grandes pièces, une cuisine et même une salle de bain. Un véritable palais, comparé au taudis qu’ils occupaient.
Il eut un peu plus de mal à faire entrer l’eau potable et l’électricité, mais avec beaucoup de patience et de débrouillardise, il finit par passer un accord avec ses oncles et cousins qui habitaient dans la grand maison coloniale à quelques centaines de mètres de là, pour se brancher à partir des réseaux qui alimentaient la ferme. Là encore ce fut moi qui finançais les travaux - clandestins - de raccordement.
Toute la famille déménagea un beau matin de printemps – c’était un jeudi, premier jour du week-end de ce temps là. Nous vînmes, Safia, Hacène et moi assister à l’évènement et à la joie qui submergeait tout le monde. La maman se mit même à pousser des youyous stridents pour montrer sa joie et la faire partager alentour. Je crois que c’étais la première fois depuis des décennies que la maman s’était laissée aller à une démonstration de joie. Elle était, naturellement, du genre morose et renfermé.
Il faut dire que le comportement des parents de Safia, vis-à-vis de moi avait toujours été exemplaire. Je ne savais pas comment, ils avaient pris le fait que leur fille vivait avec moi dans le pécher – nous n’étions pas mariés – et si les gens alentour étaient au courant de la chose, mais jamais au grand jamais, je n’avais senti le moindre signe de malveillance à mon encontre. Le père, tout comme la mère – et même Zohra, la sœur handicapée mentale – semblaient toujours très contents de nous voir arriver. Invariablement la maman nous préparait un couscous – vraiment succulent – et mettait à cuire des galettes que nous prenions avec nous en partant.
Je voulais aussi que la famille ait un revenu régulier qui lui permettrait de devenir financièrement autonome par rapport à leur fille – donc à moi. J’avais dans l’idée d’utiliser l’étable qui leur servait auparavant d’habitation et de la rendre à sa fonction première : l’élevage. Mais au lieu d’élever des ovins ou des bovins, je voulais qu’il transforme les lieux en un élevage de poulets. Comme cela, le papa de Safia reviendrait à son métier d’origine, qu’il maîtrisait à la perfection avant de faire l’objet d’un départ volontaire. Toujours en rechignant un peu – pour les mêmes raisons de fierté mal placée – il finit par accepter et fit lui-même les travaux de transformation de l’étable en hangar d’élevage de poulets de chair.
Je lui prêtais – il avait exigé que cela soit un prêt, qu’il me remboursera par tranches à partir de la vente du troisième élevage – pour acheter les équipements, les poussins d’un jour et les aliments et médicaments nécessaires. Et cela fonctionna très bien. Il avait appris au cours de son parcours professionnel dans une entreprise d’état qui faisait l’élevage du poulet de chair, toutes les techniques et les astuces pour réussir un élevage, sans qu’il ne soit décimé par les maladies. N’étant pas doté des équipements d’humidification et d’extraction d’air, il refusait d’entreprendre des élevages pendant la saison chaude. Il savait que plus de la moitié des poulets allaient mourir de chaleur et que les résultats financiers en pâtiraient. Il se contentait de quatre ou cinq élevages par années ; il disait que cela lui suffisait pour assurer un chiffre d’affaire suffisant pour financer les prochains élevages et vivre décemment. Surtout qu’il s’agissait d’une activité au noir, donc non déclarée. Il ne payait ni les impôts, ni les charges sociales, ce qui augmentait d’autant sa marge bénéficiaire. Une année après le démarrage de l’activité, les choses semblaient se passer très bien. Même Zohra, la sœur handicapée avait trouvé à s’employer dans l’élevage et en était vraiment heureuse.
.. /..
Notre vie se déroulait, selon la formule consacrée, comme un long fleuve tranquille. Nous nous aimions toujours autant et nos ébats amoureux étaient toujours aussi passionnés et jouissifs. J’adorais de plus en plus le corps de Safia et sa manière sans tabous de me l’offrir. Elle embellissait de jour en jour et était devenue – coiffeuses, esthéticiennes et couturières aidant – une superbe plante qui attirait sur elle les regards concupiscents des hommes qu’elle rencontrait. J’en étais presque devenu jaloux.
Elle avait même fini par devenir élégante ; elle s’habillait simplement, mais toujours avec goût. La plupart du temps, elle portait un pantalon de bonne facture qui mettait en relief ses longues jambes, ses hanches étroites et son fessier bombé. Pour le haut elle portait soit un chemisier en coton – toujours de couleur chatoyante, assortie à celle du pantalon – soit un tee-shirt serré qui mettait en valeur ses épaules larges et rondes et son arrogante poitrine qui pointait vers l’avant comme de petits obus menaçants. Et par-dessus, elle portait toujours un long manteau – très léger au printemps et en été et en laine bien chaude quand il faisait froid - qui était venu remplacer la tunique qu’elle mettait auparavant pour compléter sa tenue islamique et cacher ses formes généreuses.
Car depuis qu’elle avait décroché son baccalauréat et qu’elle s’était inscrite à l’université, Safia avait, à ma grande joie, abandonné le khymar et la tunique qui avaient un temps remplacé le hidjab qu’elle portait auparavant. Avec sa chevelure noire corbeau, coupée à hauteur de nuque, avec une petite frange sur le front, son port de tête altier et sa démarche ondoyante mais pleine d’assurance, elle donnait l’air d’une femme sûre d’elle et décidée. Depuis qu’elle avait intégré l’université, elle s’était rendu compte qu’elle était à la hauteur, et qu’elle n’avait rien à envier à ses camarades issus d’un milieu plus aisé. Elle avait acquis beaucoup d’assurance. A l’université, elle me disait qu’il lui arrivait de contredire ses enseignants sur des points qu’elle avait étudiés seule à la bibliothèque, et que donc elle maîtrisait. Et ses professeurs acceptaient presque toujours ses interventions.
Elle donnait maintenant son avis sur tout ; il lui arrivait même de contredire ses parents et de s’affronter à eux sur des problèmes de tous les jours. Il est vrai que son esprit rationnel lui permettait de résoudre plus rapidement et plus efficacement les problèmes posés. Ses parents avaient même fini par ne rien faire d’important avant de prendre son avis.
J’étais vraiment fier des progrès que Safia faisait dans pratiquement tous les domaines. Une chose pourtant m’étonnait, et souvent même m’exaspérait : avec moi, elle avait un comportement totalement différent. Elle ne me contredisait jamais, même quand d’évidence, je disais ou faisais da bêtises. Je crois qu’une fois pour toutes, elle m’avait placé sur un piédestal et me considérait comme un être unique, différent des autres personnes, hommes ou femmes; pratiquement comme un ange ou un saint ; pas comme un homme avec ses vulnérabilités. J’avais beau lui répéter que j’avais plein de défauts et que je n’étais supérieur en rien à qui que ce soit, elle restait accrochée à sa vision de l’homme idéal, de l’homme providentiel qui ne pouvait en aucun cas commettre des erreurs. Tout ce que je disais ou faisait ne pouvait qu’être bon.
Avec moi, elle perdait totalement son esprit cartésien pour devenir une espèce de groupie, totalement sous influence. Elle acceptait tout de moi, à l’exception de deux choses : d’abord de continuer de lui parler de mariage et ensuite que je lui sois infidèle. Sur ce dernier point, elle m’avait même donné une sorte d’avertissement :
- Tout le temps que durera notre relation je voudrais qu’aucune autre femme n’existe pour toi. Pas même Fahima. Jusque là j’ai accepté son existence et la relation que vous aviez ensemble. Je m’étais dit que je n’avais aucun droit sur toi et surtout que je ne te méritais pas. Mais à présent que tu as juré m’aimer plus que tout et que nous vivions ensemble, je voudrais être la seule femme de ta vie. Je ne veux pas partager avec une autre le bonheur d’être aimée de toi.
- Bien sûr ma chérie ! lui répondis-je un peu penaud.
Je venais de comprendre qu’elle savait que j’avais continué, un temps, de recevoir Fahima à la maison - avant que Safia ne s’offrît à moi – et que nous avions continué nos séances d’amour torride. Je n’avais arrêté qu’après que Safia fût venue habiter avec moi. J’en avais averti Fahima qui, après avoir versé quelques larmes de dépit, avait finalement accepté la situation. Je lui manquerai beaucoup, m’avait-elle affirmé – surtout nos ébats torrides du matin – mais elle n’avait pas le droit de jouer à la roulette son avenir et celui de ses enfants.
- Je sais que cette femme - plus belle que moi - t’a donné tout le plaisir auquel tu aspirais. Je te promets d’en faire de même, de devenir aussi belle et aussi capable qu’elle de t’amener au paradis des amants. Promets-moi que tu arrêteras de la voir ! Je suis d’un tempérament très jaloux et je suis possessive. C’est la seule chose que je ne te pardonnerai jamais : me tromper !
- Tu sais bien que j’ai arrêté de la voir et de la recevoir. C’est une femme très bien, mais j’ai choisi de couper mes relations avec elle pour me consacrer totalement à toi. Je lui ai dit, il y a une semaine, combien je t’aimais et combien je tenais à toi.
- Je le sais ! Je ne te l’ai pas dit, mais j’ai été la voir pour m’assurer que je ne te prive pas d’un grand amour. J’avais peur que tu éprouves pour elle autre chose que du désir. Que vous viviez ensemble une vraie passion qui dépasse la simple relation sexuelle, aussi forte fût-elle. Elle a été très gentille avec moi et m’a assurée qu’il n’était pas question pour elle de mettre en danger sa famille, uniquement pour une histoire de cul. Elle m’a aussi dit beaucoup de bien sur toi et qu’elle aimerait bien rester ton amie. J’ai refusé net !
Sacré Safia ! Elle savait aussi sortir ses griffes pour défendre son territoire ! J’étais un peu peiné pour Fahima que j’aimais beaucoup, mais j’étais très fier de ma lionne, qui n’avait pas froid aux yeux et qui savait sortir ses crocs pour défendre son bonheur.
../..

Entre Safia et moi, c’était vraiment la passion. Notre bonheur se lisait sur nos corps. Elle s’épanouissait chaque jour un peu plus et avait la mine réjouie d’une femme heureuse de tout ce qu’elle vivait. Elle était vraiment à croquer et mon amour pour elle continuait de grandir jusqu’à me submerger complètement. Il n’y avait plus qu’elle dans ma vie. Plus rien d’autre ne comptait. Toutes mes relations étaient étonnées par les changements – y compris physiques – qui se faisaient en moi. J’étais plus gai et plus souriant qu’auparavant et mon corps prenait un peu de cet embonpoint des nouveaux mariés, signe d’une vie plus calme et plus rangée.
Un problème pourtant continuait d’occuper mon esprit ; c’était le deuxième point sur lequel Safia était en désaccord permanent ave moi : le mariage. Moi je tenais plus que tout à ce que notre relation devienne officielle ; je voulais qu’elle devienne mon épouse devant la loi. Je le lui rappelais quelquefois, et à chaque fois la réponse était la même.
- Ne gâche pas mon bonheur ! Laisse-moi être heureuse !
- Mais en devenant ma femme, tu le seras encore plus ! Je ne comprends pas ton obstination à refuser d’être ma femme !
- Mais je suis ta femme ! Et tu es mon Homme ! Tout va très bien comme ça !
- Mais moi je veux que tu sois mon épouse ! Que tu me donne des enfants ! Dans cette situation, nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir des enfants ! Et moi je veux te voir avec un gros ventre ! Je veux te voir accoucher et t’occuper de notre bébé ! Ça ne peut que souder encore plus notre couple !
- Arrête ! Moi je ne veux pas d’enfants ! Je n’en ai pas besoin ! Tu me suffis amplement !
A chaque fois, je la sentais qui allait pleurer ; et à chaque fois j’arrêtais ce qu’elle semblait ressentir comme un harcèlement. Mais au fond de moi, je pressentais qu’elle aussi voulait des enfants, mais que quelque chose de vraiment très fort l’en empêchait. J’avais l’intuition qu’elle me cachait quelque chose d’important, qui pouvait expliquer cet entêtement à refuser ce que n’importe quelle autre femme aurait elle-même exigée : le mariage. Et cette chose ne pouvait pas être ce qu’elle m’avait expliqué quelquefois, à savoir notre différence de niveau social.
Il me semblait que pour ce problème, j’avais fini par lui faire comprendre que d’une part je ne faisais pas partie de ces hommes qui accordaient une quelconque importance à ce genre de détail et que d’autre part, elle avait quitté depuis maintenant longtemps la situation de misère sociale qui était la sienne auparavant. Je lui avais affirmé avec force qu’elle était maintenant mon égale : nous étions tous les deux issus de milieux pauvres et nous avions, à force de volonté et de travail, réussi à nous hisser à un niveau supérieur. Je lui disais aussi qu’elle avait encore une très forte marge d’évolution : elle était très jeune, faisait des études supérieures et allait certainement avoir une très bonne situation professionnelle ; qu’elle pouvait même me dépasser.
Je lui assurais que dans quelques années, elle ne dépendra plus de personne ; pas même de moi ! Elle devait donc arrêter de se complexer à propos de son origine sociale. J’étais certain que j’avais réussi à la convaincre et qu’elle avait fini par ne plus penser à la différence de niveau social qu’il y avait entre nous. J’étais convaincu que ce n’était plus ce problème qui l’empêchait d’accepter de m’épouser. Il y avait certainement autre chose. Je m’étais juré de découvrir ce que c’était et de le détruire.
.. /..
Le temps passait, et nous continuions Safia et moi à vivre notre bonheur, n’était ce problème inextricable qui nous empêchait – surtout moi – d’atteindre la plénitude. Elle continuait de mener avec brio ses études, de s’occuper de notre foyer comme une vraie maîtresse de maison et de me submerger de tout son amour. Elle me traitait comme un seigneur. J’étais son seigneur, me répétait-elle souvent ; son maître en tout ; celui pour qui elle vivait ; celui qui la rendait heureuse et qu’elle voulait rendre heureux ; celui pour qui, elle donnerait sa vie. J’étais aussi fier qu’un coq, en l’entendant prononcer ces mots. J’étais submergé d’émotion et de reconnaissance. D’autant que j’étais certain qu’elle pensait réellement tout ce qu’elle disait.
Je n’avais pas la prétention - ni même l’envie- d’être un seigneur ou un maître pour qui que ce soit - encore moins pour Safia - mais au fond de moi j’étais tellement content de l’entendre, que cela devait se lire sur mon visage comme si c’était un livre ouvert. Et je profitais pleinement de la situation pour vivre une vie d’amant comblé. Elle s’offrait à moi avec fougue et passion ; elle devançait jusqu’à mes moindres désirs. Elle était vraiment douée pour l’amour. Il m’arrivait subrepticement de faire la comparaison avec Fahima qui était pour moi une référence en matière d’amour et d’érotisme. Safia n’avait absolument rien à lui envier.
Elle aimait faire l’amour avec moi. Cela se voyait, et s’entendait, au cours de nos ébats. Bien entendu, elle était novice au moment où nous nous étions rencontrés ; elle avait apprécié nos premières étreintes et avait tout de suite compris l’importance qu’avait pour moi la relation sexuelle sans tabous. Elle se prit rapidement au jeu et devint une amante passionnée et imaginative. Un vrai volcan qui ne se lassait pas de nous inventer des jeux érotiques, qui nous transportaient tous les deux au fin fond du septième ciel. Elle y mettait toute la passion dont la nature l’avait pourvue – et Dieu sait combien elle était énorme !- qu’elle accompagnait de tellement de tendresse, que j’étais étonné qu’un tel mélange ait pu exister. Au cours de mes longues années de célibataire prédateur, je n’avais jamais rencontré chez une femme, un tel mélange de fougue sexuelle et de tendresse. Seule Safia était capable d’une telle prouesse ! Pour mon grand bonheur !
Il n’était pas question pour moi de perdre tout cela un jour. Je voulais qu’elle soit à moi pour toujours. Et pour cela, il fallait qu’elle devienne ma femme. Or elle ne voulait pas que notre statut de couple concubin changeât.
Peu de temps après qu’elle vint s’installer chez moi, j’avais remarqué, sans trop y prêter attention tellement c’était furtif, le regard triste qu’elle avait quand elle regardait son frère Hacène et surtout sa sœur Zohra. Je mettais chaque fois cela sur le compte de la compassion. Elle était triste parce et son frère et sa sœur souffraient chacun d’un important handicap. Je supputais qu’elle était navrée de rien pouvoir faire pour améliorer leur situation ; surtout pour Zohra qui souffrait d’un lourd handicap mental qui faisait qu’à vingt-cinq ans, elle avait l’âge mental d’un enfant de quatre ans. Hacène, lui, avait plus de chance puisqu’il semblait avoir un quotient intellectuel d’un bon niveau et qu’il était capable d’évoluer.
Elle avait remarqué que depuis qu’ils « discutaient » ensemble grâce au langage qu’ils avaient inventé, les capacités de compréhension, de mémorisation, de restitution et d’imagination de son petit frère croissaient régulièrement. Et plus tard, quand il avait intégré l’école des sourds muets, la tendance s’était accélérée. Hacène était devenu un garçon normal. Il comprenait tout ce qu’elle lui disait (il faut dire qu’elle avait même fait l’effort d’apprendre avec lui les rudiments du langage des sourds et qu’elle arrivait à communiquer presque normalement avec lui) et répondait aux questions qu’elle lui posait sans hésiter et surtout sans faute.
Ce n’était malheureusement pas le cas de Zohra dont le handicap était plus lourd et irréversible. Je surprenais Safia qui la regardait subrepticement – quand nous rendions visite à sa famille – et qui n’arrivait pas à cacher sa tristesse, mêlée parfois de mélancolie. Je voulais souvent lui demander de m’expliquer à quoi elle pensait en ces moments là ; mais je n’avais jamais osé, convaincu que je n’aurais pas eu de réponse satisfaisante. Longtemps j’avais cru qu’elle était triste pour elle, parce qu’elle la savait condamnée à végéter dans le même état et qu’elle constituera un fardeau permanent pour ses parents. Le fait qu’elle ait trouvé une occupation en aidant ses parents dans l’élevage de poulets de chair qu’ils étaient entrain de développer l’avait un peu rasséréné ; sans toutefois la satisfaire totalement.
Et puis un jour – aujourd’hui encore, je n’arrive pas à m’expliquer comment cette idée avait pu me traverser l’esprit ; probablement une de ces intuitions qui de temps en temps m’indiquaient le chemin que je devais suivre, avant même d’y réfléchir – la lumière se fit dans mon esprit. Safia, en fait n’était pas triste ou désemparée pour son frère et sa sœur ; c’était à elle-même qu’elle pensait en les regardant ou en pensant à eux. J’étais maintenant convaincu qu’elle ne pensait qu’à elle en ces moments là. Non par égoïsme, mais parce qu’elle se disait, que comme ses parents, elle était porteuse d’un gène qui pouvait transformer les enfants qu’elle pouvait avoir, en enfants lourdement handicapés.
J’étais maintenant sûr qu’il ne pouvait s’agir que de cela. Si Safia refusait de m’épouser et d’avoir des enfants, c’était parce qu’elle avait peur qu’ils naissent et vivent lourdement handicapés. Elle ne voulait pas m’imposer un tel fardeau. J’avoue que pas une seule seconde une telle idée n’avait traversée mon esprit. Non pas par grandeur d’âme, mais parce que je n’avais jamais fait la relation entre le handicap de son frère et de sa sœur avec elle et les gènes qu’elle portait. Cette découverte me l’avait rendue encore plus chère. Elle était capable de sacrifier son bonheur pour ne pas avoir à m’imposer un éventuel risque d’avoir un ou plusieurs enfants « anormaux ».
Je ne lui dis rien de ma découverte. Je voulais y réfléchir plus longuement et essayer d’y voir plus clair. Je voulais d’abord me renseigner auprès de médecins sur la réalité de la présence d’un gène défectueux chez Safia et surtout sur le taux de risque de voir un enfant qui naîtra de notre union souffrir d’un handicap. J’avais beaucoup de relations et d’amis dans le secteur médical, dont quelques uns étaient des sommités dans leurs domaines respectifs. J’en consultais deux d’entre eux, dont un beau frère qui était un cancérologue renommé, et chacun des deux m’avait rassuré en me disant qu’il y avait autant de chance d’avoir un enfant handicapé avec Safia – qui n’avait aucun lien de sang avec moi – qu’avec n’importe quelle autre femme qui ne serait pas de ma famille.
Je savais que si j’allais claironner cette bonne nouvelle moi-même à Safia, elle ne me croirait pas. Elle mettra cela sur le compte de mon amour pour elle et sur l’envie que j’avais d’en faire mon épouse et la mère de mes enfants. Je me décidais donc de brusquer les choses et de la mettre devant le fait accompli. Je profitais de la visite hebdomadaire que nous rendions à ses parents, et du moment où la maman nous servait le couscous traditionnel pour apostropher le papa et lui demander à haute voix la main de sa fille.
Tout le monde – à l’exception de Zohra, qui était dans son monde et ne s’occupait que de manger – se figea. Y compris Hacène qui était entrain de « discuter » avec sa sœur et qui sentit la crispation de cette dernière au moment où j’avais fait ma demande. Il leva la tête pour suivre la scène qui était entrain de se jouer. Il ne savait pas de quoi il était question, mais il avait senti la gêne qui venait de s’installer autour de la table.
Le père ne répondit pas tout de suite à ma demande. Il lança un regard étonné vers sa femme, qui avait baissé la tête et vers sa fille qui était devenue toute rouge. Peut-être de colère, parce que j’avais osé demander sa main, sans même l’en avoir informée. Pour détendre un peu l’atmosphère j’expliquai au papa pourquoi je faisais cela.
- Vous connaissez mes sentiments pour votre fille. Je lui ai demandé plus de mille fois de devenir ma femme. Et elle a toujours dit non. Je sais qu’elle aussi éprouve beaucoup d’amour pour moi. Je n’avais jamais compris les raisons de son refus de m’épouser. C’est vrai que je suis beaucoup plus âgé qu’elle, mais je suis convaincu que ce n’est pas pour cela qu’elle refuse d’être ma femme ; elle m’a mille fois prouvé que notre différence d’âge ne constituait pas un handicap dans notre relation. J’avais aussi pensé que c’était parce qu’elle pensait que j’appartenais à une classe plus aisée que la sienne qu’elle se comportait ainsi avec moi. Et puis je viens de découvrir la vraie raison : elle pense que si elle venait à avoir des enfants avec moi, ces derniers naîtraient handicapés. Cela n’est absolument pas vrai : il n’y a pas plus de risques que nous ayons ensemble un enfant anormal que si je me mariais avec n’importe quelle autre femme. J’ai posé la question à de grands médecins. Ils m’ont tous affirmés qu’il n’y avait pas de grands risques que nous ayons des enfants malades. Personne ne sait si Safia porte un gène anormal, qu’elle pourrait transmettre à ses enfants. Et même si c’était le cas, le risque est vraiment infime et cela vaut vraiment le coup de le courir. Je veux absolument épouser Safia. Il faut qu’elle accepte ma demande.
- Moi je ne vois absolument aucun inconvénient, répondit le père qui questionna du regard sa fille.
Safia ne disait rien. Elle semblait avoir accusé le coup. Elle avait baissé la tête et évitait de me regarder. Je craignais sa réaction. Je savais qu’elle aimait prendre elle-même ses décisions et qu’elle avait horreur qu’on lui impose quoi que ce soit. Elle avait toujours tout accepté de moi, sauf accepter de m’épouser. Je sentais qu’elle était en colère, mais que d’un autre côté, elle était heureuse de ce qu’elle venait d’entendre concernant l’éventuel gène malade qu’elle pouvait transmettre à ses enfants. Je connaissais maintenant Safia comme je me connaissais moi-même; je devinais toutes les pensées qui lui traversaient l’esprit et qui s’entrechoquaient entre elles.
D’un côté, elle m’en voulait vraiment d’avoir osé faire ma demande en mariage sans l’en avertir ; mais elle savait pertinemment que je savais qu’elle s’y serait opposée. D’un autre côté elle était contente que j’aie percé son secret et que je ne voyais aucun problème concernant notre éventuelle descendance. Elle ne croyait pas encore pleinement au diagnostic que je venais de faire devant ses parents, mais elle sentait s’ouvrit devant elle une porte pleine d’espoir. Il y avait en elle un combat entre ses mauvaises pensées – elle me dira plus tard qu’elle s’était elle aussi adressée à un médecin, qui lui avait parlé d’un risque important d’avoir des enfants handicapés avec n’importe quel homme- et d’autres plus lumineuses.
- Toi tu ne décides rien, dit-elle à son père. Je déciderais moi-même d’accepter ou de refuser la demande. Il faudra que je voie un médecin spécialisé pour être convaincu que Rafik a raison. Et s’il a vraiment raison, ce serait un bonheur pour moi d’accepter de devenir sa femme. Je serais tellement heureuse si je pouvais lui donner un ou deux enfants en bonne santé. C’est mon souhait le plus cher et en même temps mon angoisse la plus grande.
- Tu peux me croire sur parole. Quand j’ai compris ce qui te retenait de m’épouser, j’ai demandé l’avis de deux amis médecins - des sommités reconnues. Tous les deux m’ont rassurés et m’ont dit que les risques étaient minimes et que cela valait vraiment la peine de les prendre. Notre bonheur est en jeu. Tu ne peux pas nous refuser d’être encore plus heureux.
Safia se leva de table et partit dans la chambre à côté, suivie comme son ombre par Hacène. Je savais qu’elle voulait être seule pour pleurer. Pleurer de joie ou de tristesse, je ne le savais pas encore. Je restais dans la cuisine avec ses parents et Zohra qui continuait de se goinfrer. Nous restâmes longtemps silencieux, ne sachant quoi dire. Nous attendions impatiemment que Safia revienne. Elle revint au bout d’une demi-heure, avec sur les lèvres un pauvre petit sourire. Elle avait les yeux rougis d’avoir pleuré, mais ne semblait plus être en colère. Elle vint se mettre à mes côtés pour me dire, avec des trémolos dans la voix :
- Rentrons chez nous.
Je lui pris la main, la serrai longuement dans la mienne, sans rien dire; puis je l’entrainais vers la sortie. Hacène me prit l’autre main et nous partîmes tous les trois, sans même dire au revoir aux parents qui nous regardaient avec un air gêné. Nous fîmes le chemin du retour en silence ; Safia avait posée sa tête sur mon épaule droite, ce qui m’obligeant à conduire lentement. Je la sentais mélancolique. Je ne comprenais pas pourquoi. Je croyais que maintenant qu’elle savait qu’il n’y avait pratiquement pas de risque important de transmission de gènes défectueux, Safia allait retrouver rapidement sa bonne humeur.
Mais il était évident que des mauvaises pensées lui traversaient l’esprit et la rendaient mélancolique. Je ne lui posais aucune question ; je savais qu’elle n’allait pas tarder à parler et à m’expliquer. Elle resta silencieuse jusqu’à quelques quatre ou cinq kilomètres de chez nous. Ce fut là qu’elle se mit à parler des sa voix rauque, pleine de tristesse.
- J’ai peur de m’entendre dire que le risque d’avoir des enfants malades est trop important pour prendre le risque de les faire. Et à ce moment, je devrais partir et te quitter. Je ne pourrais pas rester avec toi dans de telles conditions. Tu mérites mieux que ça. Tu mérites d’épouser une femme saine, qui te donnera de beaux enfants qui seront en bonne santé. Je t’aime tellement que je mourrais de cette séparation, mais je n’ai pas le droit de t’imposer des enfants handicapés.
- Tu es folle ! Tu crois que je vais te laisser partir. Quelles que soient les conditions tu resteras avec moi. Quitte à t’attacher ! Tu n’as pas le droit de penser une seule seconde à me quitter ! Tu sais quelle place tu occupes dans ma vie. Tu es absolument tout pour moi. Et puis je suis sûr de ce que j’avance : il y a très peu de risques que nous ayons des enfants handicapés. Et même si c’était le cas, nous serons capables d’assumer. Regarde Hacène, il est magnifique, malgré son handicap. Tu l’aimes comme si c’était ton propre enfant. Et tu t’es tellement bien occupée de lui, qu’il est devenu un garçon normal. Un garçon qui est heureux de vivre et qui a un avenir radieux devant lui.
- Tu es sûr que nous ne risquons pas grand-chose ? Je voudrais tellement y croire. Je voudrais tellement devenir ton épouse. J’ai encore tellement de choses à t’offrir ; de bonheur à te donner. Je t’aime tellement que je mourrais si je devais te quitter ! Dis-moi que nous resterons toujours ensemble ! Dis-moi que tu m’aimes ! Que nous aurons de beaux enfants !
- Oui nous aurons des enfants magnifiques ! Tu peux me faire confiance ! Quand nous marierons nous ? Dis-moi oui tout de suite, et je te promets que nous serons mari et femme avant la fin du mois. Nous n’avons pas besoin de faire tous les chichis traditionnels pour nous marier. Nous irons devant l’imam puis devant le maire et nous ferons une petite fête pour nos parents et les voisins. Et ce sera tout ! Je te promets un merveilleux voyage de noces, dès que tu auras des vacances scolaires. Nous irons où tu voudras ! Où veux-tu aller en voyage de noces ? Je vais déjà réserver !
- En Grèce !
Safia avait répondu sans même réfléchir. Elle s’était laissée prendre à mon discours et était entrée dans mon jeu. J’étais heureux qu’elle réagisse ainsi. J’étais rassuré sur son état psychique. Et comme j’avais une confiance absolue dans le diagnostic fait par mes deux amis médecins, j’étais sûr qu’un troisième avis ne pouvait que correspondre au leur. De toutes les façons j’avais décidé que c’était moi qui m’occuperai du problème et qui allait demander à mon beau frère de nous prendre rendez-vous avec un spécialiste de la génétique – certainement un ami à lui, ou tout au moins une bonne connaissance – qui ne fera que confirmer l’avis qu’il m’avait donné tantôt.
Et ce fut comme cela que les choses se passèrent, moins d’une semaine après ma demande en mariage. Nous allâmes voir le généticien dans son cabinet à l’hôpital. Il nous reçut comme de vraies personnalités – nous étions recommandés par le beau-frère qui était une sommité reconnue et respectée dans le monde très fermé des professeurs en médecine – et après avoir entendu l’exposé que lui fit Safia, nous donna un avis exactement identique à celui que m’avait donné auparavant les deux spécialistes que j’avais consultés.
- Le risque est vraiment minime. Il n’existe que si madame est porteuse du gène malade. Pour vous rassurer un peu plus nous allons faire un prélèvement sur vous pour essayer de voir si vous êtes ou non porteuse du gène. Nous disposons depuis peu d’un laboratoire capable d’analyser les gènes humains. Et même si les résultats son positifs, le risque de le transmettre à vos enfants reste très faible. Je vous recommande vivement de le prendre.
Nous sortîmes du cabinet du professeur léger comme des plumes. Nous étions tellement heureux, que nous fîmes ce que jamais un couple algérien ne fit en public : nous échangeâmes un tendre baiser, devant le personnel du service qui se trouvait là, sans même nous rendre compte de ce que nous faisions. Quand nous nous séparâmes nous vîmes certains sourire devant ce geste enfantin et d’autres nous regarder avec le regard méchant des censeurs. Nous partîmes en vitesse vers le parking où nous avions stationné et reprîmes le chemin de la maison. Nous avions le cœur léger et avions envie de crier au monde entier notre immense bonheur.
Ce jour là, Safia arrêta la pilule. Nous fîmes l’amour avec l’idée de faire des enfants. Elle était toujours aussi coquine au lit et les étreintes que nous échangeâmes ce jour là et les jours qui suivirent, furent les plus heureuses de toute notre vie. Nous nous mariâmes environ un mois plus tard, au moment même où Safia m’avait annoncé un retard de règles d’une semaine. Elle était enceinte !





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