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Mon histoire avec Safia Troisième partie: Hacène le jeune frère sourd muet

Auteur de recits


Récit écrit par GERACHE.
Auteur homme.    Contacts de l'auteur : grachid.2007gmailcom



histoire publiée le 15-01-2011
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8216-g329

Titre : Mon histoire avec Safia Troisième partie: Hacène le jeune frère sourd muet

Nouvelle  Amour  Afrique 
 
 

Mon histoire avec Safia Troisième partie: Hacène le jeune frère sourd muet


Safia revint deux fois la semaine suivante – le dimanche et le mardi. Elle me remit les dossiers que je lui avais demandés pour l’inscrire pour des cours de rattrapage et pour présenter son baccalauréat en tant que candidate libre. Je pris en charge les dossiers et rapidement, elle commença à prendre des cours de dans une école privée. Les cours se déroulaient, tous les matins de la semaine, y compris le samedi, pendant trois heures. Bien entendu, c’était moi qui payais la formation. Je ne le regrettais pas, parce que très vite, il apparut que la fille était vraiment douée pour les études. Je lui achetais les livres et les cahiers qui lui étaient nécessaires et mis à sa disposition le micro-ordinateur de bureau que j’avais à la maison pour pouvoir accéder à internet et approfondir ses connaissances.
Ce que je faisais, au nom de la promesse que je lui avais faite de m’occuper d’elle, était en fait beaucoup plus égoïste : il me permettait d’avoir Safia plus longuement à mes côtés. Car maintenant, en plus des deux demi-journées au cours desquelles, elle faisait le ménage chez moi (reportées au début de l’après-midi, pour qu’elle puisse suivre ses cours le matin), elle passait pratiquement tous les jours chez moi, y compris les week-ends où elle utilisait l’ordinateur. Au début, elle dépendait de moi pour pratiquement tout : ouvrir l’ordinateur, se familiariser avec les bases de la bureautique et entrer sur internet. Mais rapidement, elle devint autonome et se débrouilla toute seule pour ses recherches.
J’étais heureux de la voir pratiquement tous les jours, bien que souvent en coup de vent, tant j’étais moi-même pris par mes occupations professionnelles. Je me rendais compte avec effarement qu’elle était entrain de me devenir indispensable ; qu’il me fallait la voir au moins un moment dans la journée. Je ne laissais rien paraître de mon intérêt pour elle (du moins le pensais-je) et jouais avec zèle le rôle du parrain un peu grognon, mais gentil.
Safia devenait de plus en plus rayonnante. Elle avait même fini par devenir une belle plante. Sur le conseil – et probablement en les copiant – de ses nouvelles copines d’école, elle avait fini par abandonner sa tenue islamique intégrale pour la remplacer par une autre plus aguichante, bien que moins char’ie (licite) aux yeux des gardiens du temple. Elle portait maintenant un khymar (foulard) en soie de couleur noire, qui mettait en évidence son teint très clair et les rondeurs de son visage. Elle portait des hauts – tee-shirts ou chemisiers – qui mettaient en valeur ses épaules larges et rondes, sa poitrine encore juvénile, mais qui pointait fièrement sous le tissus. Ils mettaient aussi en valeur sa taille de guêpe.
Pour le reste, elle mettait invariablement des paires de jeans bien serrés qui dessinaient ses hanches étroites, son fessier rond et bombé et ses magnifiques jambes longues et superbement galbées. Quand elle sortait, elle mettait par dessus sa tenue, une tunique en toile de jean qui s’arrêtait à mi-cuisses et qui était censée cacher ses formes. En fait la tunique laissait, sans les montrer, deviner tous ses appâts. Je lui avais demandé – après l’avoir plus d’une fois félicitée pour ses nouvelles tenues – comment ses parents prenaient la chose.
- Je leur ai montré les photos de mes camarades d’école qui étaient habillées exactement comme cela, sans qu’elles ne donnent l’impression d’être des filles de mauvais genre. Tu ne peux pas savoir, ce que le téléphone portable que tu m’as offert a pu servir pour m’aider à surmonter plein d’interdits auprès de mes parents.
- Par exemple ?
- Par exemple, ils n’ont réellement cru que je prenais des cours que quand je leur ai montré la photo de l’école, des enseignants et de quelques unes de mes camarades. Avant cela, ma mère doutait un peu. Elle avait peur que je lui mentisse et que je fisse la traînée pour gagner quelques sous. Même en ce qui te concerne, elle avait beaucoup de mal à croire à la réalité des choses.
- Elle se méfie encore de moi ?
- Oui et non ! D’un côté elle me croit vraiment quand je lui dis que tu es un ange ou un saint que Dieu nous a envoyé pour nous aider à sortir de la misère. D’un autre côté, elle dit qu’elle connait les hommes et qu’ils ont tous des arrière-pensées. Elle s’attend qu’un jour ou l’autre tout cela s’arrête et que tu finisses par exiger ton dû.
- Et toi qu’en penses-tu ? Je pourrais profiter de toi ?
- Non ! Tu es mon ange protecteur. Tu ne pourras jamais profiter de moi !
Voila qui est dit ! Et sur un ton tellement péremptoire que les bras m’en tombaient. Safia, l’innocente Safia, était persuadée que c’était Dieu qui m’avait mis sur son chemin pour la protéger. Elle était convaincue qu’avec moi à ses côtés, elle ne risquait plus rien. Aucun mal ne pouvait lui arriver; surtout pas un mal dont je serai l’auteur.
D’un côté j’étais fier qu’elle pensât autant de bien de moi ; mais d’un autre, je me sentais piégé dans un rôle que, certes, j’avais choisi de jouer, mais qui ne me donnait pas que des satisfactions. Plus d’une fois, j’avais été pris d’une envie folle de la prendre dans mes bras et de l’embrasser tendrement. Pas comme on embrasse une filleule, mais une femme que l’on aime passionnément. Que de fois, je m’étais retenu de lui prendre la main et de la garder dans la mienne pour lui faire sentir tout l’amour que j’éprouvais pour elle. Que de fois, j’avais dû me faire violence pour ne pas lui avouer que je l’aimais comme un malade.
Car maintenant, j’étais vraiment sûr qu’il s’agissait d’amour. D’un amour passion que seuls les hommes qui ont atteint l’âge que j’avais – la quarantaine – pouvaient éprouver : total et désespéré. Un amour qui n’avait aucune chance de connaître un jour la plénitude et l’aboutissement. Un amour perdant/perdant. Du moins en ce qui me concernait. Parce que Safia, elle, avait tout à gagner avec moi : une vie meilleure, puisque je l’avais sortie de sa vie misérable antérieure (bien que jusqu’à maintenant elle continuait de dormir dans sa masure) et un avenir radieux qui l’attendait une fois ses études terminées et qu’elle aura acquis un bon métier.
../..

Pour mon équilibre d’homme, je continuais de fréquenter Fahima qui venait une ou deux matinées par semaine me rendre visite. Comme à l’accoutumé, nos corps s’entremêlaient dans toutes les positions, sans aucun tabou. Nous aimions toujours autant faire l’amour ensemble et en tirions un maximum de plaisir. Mais notre entente n’était parfaite que dans ces moments là. Au delà, une fois nos corps et nos âmes rassasiés, mon esprit se remettait à la recherche de Safia. Fahima sentait qu’un changement s’était produit en moi. Non pas qu’elle avait remarqué moins d’empressement en moi – ce qui n’était pas le cas, car la belle m’attirait toujours autant et m’emmenait régulièrement au sommet du plaisir – mais elle sentait intuitivement que quelque chose d’important occupait mes pensées et me rendait presque morose.
A plusieurs reprises, elle me questionna pour savoir ce qui se passait et, surtout, si elle avait une part de responsabilité dans ce qui était entrain de m’arriver.
- Tu n’es plus aussi présent avec moi qu’autrefois. Tu te contentes de me faire l’amour – toujours aussi bien, je l’avoue – mais tu ne discutes plus avec moi comme avant. J’ai l’impression que je ne suis pour toi qu’un exutoire physiologique. Finie la femme intellectuelle avec laquelle tu disais être heureux de discuter de tous les sujets d’actualité.
- … (je ne savais pas quoi lui répondre)
- Remarque que cela ne me gène pas trop pour le moment. J’ai exactement ce que je veux avec toi : je prends toujours mon pied dans tes bras et tant que cela durera, je n’aurais pas à m’en plaindre.
Je ne savais pas trop quoi répondre à Fahima. D’un côté j’avais beaucoup d’estime pour cette femme qui n’était pas qu’un corps (et quel corps !) mais qui avait des qualités intellectuelles et morales (en dehors du fait qu’elle trompe son mari) exceptionnelles. D’un autre, chaque fois qu’elle était avec moi – et après que nous ayons fait l’amour – l’image de Safia venait s’incruster dans mon esprit et me communiquait un formidable sentiment de culpabilité. Il me semblait alors que j’étais entrain de faire quelque chose de mal vis-à-vis d’elle ; que j’étais entrain de la tromper ! Et cela m’était insupportable !
En fait, même ce sentiment que je trompais quelqu’un que j’aimais profondément n’avait aucun sens, puisque d’une part , Safia n’était officiellement rien d’autre pour moi qu’une espèce de filleule que je parrainais par pur esprit de générosité ; et d’autre part parce que dès le premier jour, dès le jour même où elle avait mis les pieds chez moi, je l’avais averti que je voyais une femme une ou deux fois par semaine et lui avait demandé de ne pas venir ces jours là. Elle n’avait posé aucune question et n’avait jamais non plus parlé de cela. Tout le temps qu’elle venait travailler le matin, elle s’était abstenue de venir les dimanches et les mercredis, les deux matinées que Fahima était censée me consacrer. Il n’y avait donc aucune raison pour moi de culpabiliser.
Si j’étais coupable de quelque chose, c’était surtout envers Fahima, à laquelle je n’avais jamais parlé – sans que je ne sache pourquoi – de Safia. J’avais en effet toujours fait en sorte que les deux femmes ne se rencontrassent pas. Et depuis que Safia prenaient ses cours les matinées, j’étais tranquille : elles ne pouvaient pas se retrouver l’une en face de l’autre. Jusqu’à maintenant, je suis incapable de comprendre ma motivation à ce sujet. Je ne craignais pas que Fahima soit jalouse : elle était elle-même mariée et m’avait affirmé qu’elle n’avait absolument aucune vue sur moi et qu’il n’était pas question pour elle de briser son foyer et de traumatiser les jumeaux pour des histoires de coucheries ; aussi plaisante et jouissives fussent-elles.
Rien ne m’empêchait donc de lui parler de ma jeune protégée. Je crois qu’au fond de moi, j’avais vraiment peur d’être mal jugée par Fahima, dont j’avais toujours apprécié le bon sens et la rationalité implacables. Elle aurait immédiatement cerné mes sentiments pour Safia et n’aurait pas hésité de me confier les fruits de ses réflexions. Elle m’aurait vraiment mis mal à l’aise et je n’aurais pas su quoi lui dire pour ma défense. J’avais donc préféré lâchement fuir le problème et faire en sorte qu’elles ne se rencontrent jamais.
Mais les choses dans la vie ne restent jamais trop longtemps secrètes. Fahima, pour je ne sais quelle raison frappa une après-midi à ma porte – elle avait vu ma voiture, et savait donc que j’étais là – et ce fut Safia qui lui ouvrit. J’étais vraiment confus, comme un enfant pris entrain de faire une bêtise. Je bafouillai quelques mots inaudibles et de toutes les façons incompréhensibles et invitai ma maîtresse à entrer :
- Voici Fahima, notre voisine du dessus, dis-je à la jeune fille ; et elle c’est Safia, ma filleule !
- Ta filleule ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Depuis quand, il existe des filleules dans notre pays et dans notre religion ?
- Je t’expliquerais plus tard dis-je à Fahima qui tourna tout de suite les talons et s’en alla pleine de colère retenue.
J’étais convaincu que j’avais perdu mon amante pour toujours et qu’elle ne pardonnerait jamais ma cachoterie. Or le dimanche qui a suivi la rencontre, elle sonna à ma porte exactement à la même heure que d’habitude et resta avec moi les deux heures qu’elle me consacrait régulièrement. Elle ne m’avait fait aucun reproche, sinon, en passant comme si c’était quelque chose sans importance, celui de ne pas lui faire assez confiance. Et notre relation continua comme par le passé. Elle venait de me libérer d’une contrainte pesante : celle de toujours faire attention à ce que mes deux femmes ne se rencontrent pas. Maintenant que chacune connaissait l’existence de l’autre, je n’avais plus aucune crainte.
Mais le coup que j’attendais à l’Est – Fahima – me viendra un peu plus tard de l’Ouest – Safia. Mais ceci est une autre histoire qui n’arrivera que quelques mois après que les deux femmes eurent fait connaissance. Entretemps – trois mois s’étaient écoulés – une autre histoire prit naissance dans la masure qu’occupait toujours la famille de Safia et vint complètement chambouler les données de mon histoire avec la fille.
.../..
Une nuit, vers vingt heures – c’était un vendredi jour de week-end – mon téléphone portable se mit à sonner. A mon grand étonnement c’était la fille qui était entrain de m’appeler. Elle ne m’appelait pratiquement jamais – sauf une fois où elle avait attrapé une très forte grippe et ne pouvait ni prendre ses cours, ni bien entendu, faire le ménage chez moi. Sinon elle n’utilisait jamais son téléphone avec moi.
C’était donc avec une forte appréhension que je décrochai:
- Allo ! C’est toi Rafik !
- Oui ! Bien sûr que c’est moi ! Que se passe-t-il ? Tu as une voix qui fait peur ! Il t’est arrivé quelque chose ! Parle ! Parle vite !
J’étais vraiment inquiet et cela transparaissait dans l’intonation de ma voix. J’avais remarqué que sa voix aussi avait des intonations pleines d’une énorme peur.
- C’est Hacène ! Mon frère ! Il est très malade ! Il va mourir ! Fais quelque chose pour lui, je t’en supplie !
- Qu’est-ce qu’il a ?
- Depuis ce matin, il a une très forte diarrhée ! Et cela ne veut pas s’arrêter ! Il est entrain de mourir ! Fais quelque chose ! Je ne veux pas qu’il meure ! Je vais me tuer s’il meurt !
- Vous l’avez amené chez le médecin, m’entendis-je la questionner ?
- Evidemment non ! Nous n’avons pas de voiture et le centre de santé est très loin. Il n’y a pas de voisins possédant une voiture, à des kilomètres d’ici. Et mon oncle qui est le seul à en avoir une, est absent pour la semaine. Il va mourir ! Il va mourir!
- Calme-toi ! Prépare-le, j’arrive dans un quart d’heure pour l’amener aux urgences. Tu verras que ce ne sera rien.
- Fais-vite, je t’en prie !
Jamais depuis que je la connais, je n’avais vu Safia aussi affolée. Je savais qu’elle aimait tendrement son jeune frère Hacène, mais je ne soupçonnais pas que ce fut à ce point. Elle était vraiment angoissée et ne supportait pas l’idée qu’elle allait perdre son petit frère. Je me dépêchai donc de m’habiller et de sortir la voiture du garage de l’immeuble. En un quart d’heure, je fus devant l’ancienne étable coloniale qui servait de foyer à Safia et ses parents.
Je ne connaissais pas ces derniers. Je n’avais jamais éprouvé le besoin de faire leur connaissance. Je n’avais en fait jamais eu la moindre curiosité envers eux. Je les connaissais bien entendu par les photos que faisaient d’eux régulièrement leur fille – et qu’elle exhibait fièrement sous mon nez, pour me démontrer les progrès qu’elle avait fait dans l’art de faire de la photographie. Mais jamais je n’en avais rencontré un en chair et en os. Et cette fois-ci, ils étaient tous là, m’attendant devant la porte de la masure.
Le père, cinquante ans, le dos vouté par une vie difficile, les cheveux en broussaille complètement blanchis, le regard éteint et une barbe d’au moins une semaine qui lui mangeait le visage. Il était maigre ; d’une maigreur de quelqu’un qui avait dû sauter beaucoup de repas dans sa vie, pour donner le peu de nourriture qu’il avait à sa progéniture. Safia m’avait quelquefois parlé – de manière très pudique - de ces moments de disette qui avaient fait tellement de mal à toute la famille. Il n’y avait presque plus rien à manger. Et le peu qu’il arrivait à acheter avec ses maigres revenus, il le réservait aux enfants à leur détriment, à lui et à son épouse. De cette période, il avait gardé la maigreur cadavérique qui était maintenant la sienne.
La mère aussi – la quarantaine, mais qui paraissait avoir dix à quinze ans de plus, plus grande de taille que son mari – était maigre et voutée. Elle aussi avait gardé des séquelles de la longue période de misère qu’elle avait vécue auprès de son mari et de ses enfants. Mais elle semblait avoir une force de caractère que n’avait pas son mari. Elle transparaissait dans son regard brillant et inquisiteur. Elle jetait vers moi des regards curieux mais dans lequel, je ne lisais aucune animosité. Elle était comme en attente d’un miracle qui viendrait de moi ; moi l’inconnu qui avait pris en charge de manière désintéressée l’avenir de la plus petite de ses filles.
La plus grande - Zohra - était aussi présente devant la porte d’entrée de la maison. Mais elle, contrairement aux autres, semblait contente ; elle riait ; comme si elle assistait à une scène vraiment drôle. Je l’avais vue, bien que plus rarement que les autres membres de la famille, sur les photos de Safia. Elle avait déjà l’air de ce qu’elle était dans la réalité : une attardée mentale – « légère ! » disait sa jeune sœur, comme pour atténuer le degré d’handicap mental de Zohra. Mais dans la lumière blafarde des phares de la voiture et de la petite lampe qui brillait au dessus de la porte d’entrée, j’avais rencontré une jeune femme dont le handicap était plus profond que ne me l’avait décrit Safia. Mais comme Zohra semblait contente, je n’accordais pas d’importance particulière à son état.
Quant à Safia, elle tenait dans ses bras, enroulé dans une couverture miteuse, un enfant, qui semblait dormir. Je m’approchais d’eux et mis ma main sur le front de l’enfant. Il était brulant de fièvre. Il y avait vraiment urgence à le transporter à l’hôpital. Je ne m’attardais donc pas en salamalecs et fis signe à la fille de rejoindre la voiture. Elle s’installa à l’arrière avec son frère, toujours dans ses bras. Elle était d’une pâleur cadavérique, tellement elle semblait angoissée par la maladie du petit garçon.
Une odeur pestilentielle de diarrhée et de vomis avait envahi l’habitacle de la voiture. J’avais dû ouvrir toutes les vitres pour en atténuer un peu les effets. En environ un quart d’heure, nous étions arrivé aux urgences – un bâtiment tout neuf, construit par les pouvoirs publics, pour accueillir tous les cas d’urgences médicales et chirurgicales de la wilaya.
Je n’avais encore jamais mis les pieds dans cet hôpital – ni d’ailleurs dans aucun autre – et ne savais pas très bien comment les choses devaient se passer. Je demandais à la première personne rencontrée de nous indiquer la porte à laquelle nous devions frapper pour que le garçon soit pris en charge. Et la personne – un agent de sécurité de l’hôpital – nous accompagna jusque devant la porte du cabinet du médecin de garde et nous demanda d’attendre, un moment qu’un infirmier l’ouvre et nous fasse entrer.
Ce fut ainsi que les choses se passèrent. Au bout d’environ cinq minutes, la porte s’ouvrit, laissant sortir une femme avec un bébé dans les bras – certainement un cas d’urgence - suivie par un homme en blouse blanche, qui nous regarda et nous fit signe d’entrer. Nous trouvâmes le médecin de garde – une femme d’une trentaine d’années - assise derrière son bureau qui était entrain d’écrire sur un registre. Elle leva la tête, nous vit et nous demanda de nous assoir. Je fis signe à Safia de s’assoir sur la chaise de droite et moi-même je m’assis sur celle de gauche.
J’expliquais en quelques mots le cas du petit garçon. Le médecin posa un tas de questions à Safia, puis demanda à la fille d’installer Hacène sur la table d’examen. Elle le palpa partout, utilisa son stéthoscope et prit sa température. Elle posa encore quelques questions sur ce que le garçon avait mangé ou bu la veille, écouta les réponses de Safia puis donna son diagnostic.
- Le petit a fait une forte intoxication alimentaire. Je vais le mettre sous perfusion un moment pour le réhydrater et faire tomber la fièvre. Cela va durer pratiquement toute la nuit. En principe cela suffira pour lui redonner un peu de vigueur. Mais il lui faudra un traitement à base de sels de réhydratation pendant au moins trois jours. Dès demain matin, il faudra le commencer. Il faudra le nourrir avec du riz ou du bouillon de carotte pendant ces trois jours. Evitez-lui les laitages et les viandes jusqu’à ce qu’il soit complètement d’aplomb.
J’étais rassuré. Il n’y avait rien de très grave. J’avais craint qu’il se fût agi de choléra, dont les journaux soupçonnaient l’existence dans la région. Nous restâmes donc dans l’hôpital jusqu’au matin – l’enfant ayant été mis sous perfusion pendant tout ce temps là. Vers huit heures, le médecin revint ausculter Hacène, le trouva en assez bon état pour le libérer et nous laissa partir.
Je me demandais quoi faire : retourner dans la mansarde des parents de Safia, ou aller chez moi. Nous n’en avions pas encore parlé la fille et moi, pendant tout le temps que nous étions restés au chevet du garçon (nous avions passé tout ce temps là chacun d’un côté du lit du malade, à épier ses moindres gestes et attendant avec impatience qu’il ouvre les yeux pour nous montrer qu’il était tiré d’affaire).
- Je te propose de l’amener chez moi. Nous serons plus à l’aise pour le soigner.
- D’accord ! fit-elle avec empressement. Comme si pour elle c’était la chose la plus naturelle au monde.
Nous fîmes un court détour par les parents de Safia pour les rassurer sur la situation du petit et demander leur autorisation de l’emmener chez moi pour continuer les soins. Ils nous l’accordèrent sans aucune hésitation. Nous prîmes donc la direction de mon appartement que nous atteignîmes vers neuf heures, après avoir acheté les médicaments demandés par le médecin à la première pharmacie ouverte que nous avions rencontrée. Nous installâmes le malade – qui dormait encore - dans une chambre. Nous le réveillâmes pour lui faire avaler un médicament et le laissâmes dormir.
- Dans une heure ou deux, nous allons lui préparer un bouillon de carottes pour le requinquer un peu, dis-je à la fille, qui était sur le point de s’écrouler, tant elle était fatiguée. Tu es morte de fatigue. Va dormir dans l’autre chambre ; l’enfant ne risque plus rien maintenant.
- Non je reste avec lui !
- D’accord ! Mais dors un peu !
- Prends-moi dans tes bras !
- …
- J’ai besoin que tu me prennes dans tes bras pour que je dorme. Viens t’allonger avec nous. Le lit est assez grand pour nous trois !
- Tu es folle ! Je ne peux pas m’allonger avec toi et encore moins te prendre dans mes bras ! Tu oublies que je suis un homme !
- S’il te plait j’ai vraiment besoin d’être dans tes bras ! J’ai besoin de me sentir protégée par toi !
- Non ! ça n’est pas possible ! Je ne suis pas un ange ! Tu es une belle jeune fille et tu cours un grand risque de réveiller le démon qui sommeille en moi.
- Absolument pas ! Va mettre ton pyjama et viens me prendre dans tes bras !
Cela sonnait comme un ordre. Je m’exécutai donc. Après avoir mis un pyjama, je revins, presque timidement, dans la chambre où je trouvais Safia qui m’attendait allongée aux côté de son petit frère. Elle avait ôté son khymar et la tunique qu’elle portait par-dessus ses habits. Elle était restée en chemisier et en pantalon. Elle tendit les bras pour que je la rejoigne sur le lit. Ce que je fis gauchement. Elle vint se blottir entre mes bras en se serrant très fort contre moi. On dirait qu’elle voulait entrer complètement en moi.
J’étais vraiment gêné par la tournure que prenaient les choses. Je ne savais pas trop quoi faire. Je savais que je ne devais absolument rien faire avec elle. Ce n’était pas une femme que j’avais entre mes bras : c’était ma filleule. Autant dire ma fille. Je pensais que c’était comme cela que Safia voyait les choses. Je me fis donc violence pour que moi aussi je voie les choses de la même manière. Mais la douce chaleur que dégageait son corps, sa respiration que je sentais contre mon cou, les battements de son cœur que j’entendais très nettement, me disaient tout autre chose.
Tout mon corps était en émoi. J’avais une folle envie de l’embrasser – et pas comme un parrain ! Je m’efforçais d’empêcher mes mains de la caresser – partout sur son corps collé au mien. Et surtout, j’essayais de cacher l’état d’extrême excitation dans lequel m’avait mis la proximité impudique de son corps collé au mien.
Ce fut ainsi que se passa ma première étreinte avec Safia. Ce fut l’enfer pendant les deux heures que dura son sommeil. Car Safia dormit comme un bébé ! Alors que moi je luttais désespérément pour calmer le désir qui m’étreignait et pour m’interdire de commettre l’irréparable.
../..








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histoire gratuite Mon histoire avec Safia    Troisième partie: Hacène le jeune frère sourd muet

Nikko

Votre style est limpide, c'est un régal de vous lire, merci

 





   
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