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La tête penchée

Auteur de recits


Récit écrit par Lescrisvains.
Auteur homme.    Contacts de l'auteur : lescrisvains1gmailcom



histoire publiée le 06-01-2011
Catégorie :Autobiographie, Journal intime, Mes rêves, Tranches de vie, Récits de voyageurs
Histoire 8207-l703

Titre : La tête penchée

Journal intime  Tragédie 
 
 

La tête penchée


La tête penchée, les yeux hagards, les pupilles aussi vitreuses que l'est son verre, Gégé bois son RSA. Son corps est vouté, courbé sous le sac et le ressac des aléas de l'existence. Ses rides sont autant de petites signatures qu'ont laissées les épreuves que lui ont infligé une vie de labeur. Depuis son divorce Gégé est fidèle, fidèle au comptoir du troquet. Il a pris l'habitude de venir chaque soir compter fleurette aux vapeurs d'alcool. Après quelques gorgées ses gestes deviennent lents et imprécis, sa voix éraillée est hésitante , son élocution imprécise. A mesure que se noie sa lucidité son phrasé se tarie pour finalement laisser place à un corps vide. Ses pensées se sont échappées dans d'autres dimensions, dans des transes alcoolisées où subsistent encore pour Gégé des semblants de rêves chimériques.
A côté de Gégé désormais muet il y a Robert, le gros Robert, aussi gras dans sa chair que dans son verbe. Le visage bouffi par les litres de rincette qu'il s'envoie dans le gosier, les joues tombantes décorées à la couperose, un nez épaté boursouflé et crevassé, on ne peut pas dire que Robert corresponde aux canons de beautés auquel les femmes rêvent . Pourtant à l'en croire, Robert il s'y connait en femme ! Ce quinquagénaire aux cheveux huileux raconte des histoires salées qui tournent souvent au vinaigre ! L'orateur de gargote parle et parle encore, il pérore sur ses conquêtes que d'aucuns savent illusoires, il se rie des cocus et des gitons, il bave sur les femmes des autres et traite la sienne comme une moins que rien. Le grossier personnage semble hausser le volume de sa jactance à mesure que son propos se fait ordurier, de sa voix de basse il couvre les autres intervenants de la conversation et si jamais il trouve quelqu'un pour lui tenir tête il rigole si fort d'un de ses "bons mots" que cela met fin à toute contradiction.
Juste derrière Gégé et Robert qui sirotent leur poison respectif, se trouve Marinette. Celle ci ne s'assoie jamais au bar mais préfère les coussins d'une banquette avec devant elle une table ronde où poser son Picon-bière. Marinette doit avoir environ l'âge du gros Robert mais en avoue dix de moins, fausse blonde au maquillage clownesque, elle ment et se ment sur une gloire passée. Selon les jours et son auditoire, elle fut danseuse, chanteuse, photographe, journaliste et même actrice si le Picon est bien corsé... Pourtant les autres le savent bien, son seul métier fut d'être fille facile, rebondissant d'homme en homme à mesure qu'untel lui offrait plus qu'un autre. Marinette n'a jamais été vertueuse, gracieuse ou délicieuse, tout au plus certains la connurent belle-de-nuit ! Désormais perdue dans sa mythomanie, elle est le troisième pilier du bar à Victor.
Nous arrivons donc à Victor, le patron des lieux, enfin disons celui qui prête le nom à l'enseigne car le vrai patron est la patronne : Fabienne que tout le monde appelle Fafa. Victor est petit et gringalet, Fafa est grande et pulpeuse. Victor est discret, presque effacé, Fafa est forte en gueule et avenante. Victor écoute les jérémiades de Gégé, les éructations de Robert et les boniments de Marinette, il ne les contredits jamais et est patient avec eux. Il a même tendance à penser que son oreille attentive est comme un contrepoison à toutes les doses d'alcools qu'il leur sert chaque fin de journée.
La caisse, c'est Fafa qui la tiens. La taulière des lieux est donc une femme amène, souriante à l'extrême avec sa large bouche à la dentition chevaline. Elle règne sur ce petit monde et en impose à ceux qui voudraient passer outre les règles qu'elle a imposée à la clientèle. Elle harangue les grognons, stimule les déprimés et met un bémol aux monologues de Robert quand celui ci va trop loin dans le licencieux. Finalement la dame est sympathique avec tout le monde si ce n'est avec son mari qu'elle critique et rembarre à tour de bras... Pauvre Victor que sa femme trompe avec les beaux messieurs de passage et ce sans se soucier le moins du monde de la discrétion de ses escapades...
Je pourrai aussi vous parler de "Boulet" le simplet du village, de Clara la dépressive, de Samuel le pseudo artiste, de Jeannot le sportif de canapé, de Nadine la sans papier, d'Olivier le timide, de Véronique l'allumeuse, de Joël l'allumé !... Bref de tous ce petit monde qui se retrouve chaque soir au bar de Victor...
Et puis... Et puis il y a moi, scribouillard des vies voisines, barbouilleur de l'existence d'autrui. Du fond du bar chaque soir je les regarde et j'imagine...
J'imagine que Gégé redeviens Gérôme, qu'il n'a jamais accepté ce travail qui lui a rongé sa santé et son couple, qu'il a au contraire gardé bon pied bon œil grâce à une vie saine et active. Sa femme et ses enfants sont fiers de lui, il a un tas d'amis et ses rêves il les vies au lieu de les rechercher au fond du godet...
J'imagine Robert, l'oeil au beurre noir, qui pour une fois ferme son clapet... A côté de lui sa femme, lasse de l'entendre la rabaisser à enfin décidé de le quitter et de prendre un amant qui n 'est autre que Jeannot, vous savez le sportif de canapé ! Et bien Jeannot a laissé de côté télé et sofa pour le sport en chambre... Et puis il s'est essayé à la boxe sur Robert pour lui annoncer que désormais sa femme partait vivre avec lui, loin des humiliations et des brimades...
Marinette aussi a trouvé l'amour en la personne de Samuel l'artiste qui lui offre toute son attention. En voyant son reflet dans les yeux de Samuel, Marinette s'accepte telle qu'elle est, plus besoin de boniments ou de menteries, elle n'est plus danseuse, chanteuse ou même actrice, non... Aujourd'hui Marinette est une beauté, une princesse, une reine... Marinette est une muse.
Les couples se font et se défont... Victor est partit avec Clara qui dans ses bras n'est plus dépressive mais lascive. Nadine épouse Olivier qui a son contact ose et le prouve en partant au combat contre l'administration pour obtenir la naturalisation de sa femme... Quant à Véronique et Joël à force de s'allumer ces deux là se sont déclaré leur flamme et font briller leur passion sous les feux du désir.
Et Fafa me direz vous ? Et bien Fafa est restée au bistrot... L'ex grande gueule est aujourd'hui esseulée, elle n'a plus que le simplet pour lui tenir compagnie... Car celui la, 'boulet', elle n'a pas fini de se le trainer...
...
Ce soir encore je quitte ces lieux... Rien n'a bien entendu changé et chaque personnage joue son rôle... La vie, la vraie n'a rien d'une fiction, les drames qui s'y jouent se transforment rarement en conte de fée et Gégé, Robert ou Marinette seront toujours là demain, même heure, pour écluser leurs galères et trinquer à leurs misères.




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Waw tu as un réel talent d'écriture !

 





   
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